Taimouraz KASAEV : « L’Europe nous a déçus »

Publié le par Jihad WACHILL

Entretien avec Taimouraz Kasaev, ministre aux Nationalités de la République d’Ossétie du Nord - Alanie (membre de la Fédération de Russie).

Osséttie du Nord, Envoyé Spécial

Comment décririez-vous la situation désormais en Ossétie du Sud ?

Taimouraz Kasaev. Même si elle est encore difficile, les gens rentrent désormais chez eux. Mais sans les aides reçues de nos voisins, notamment de la Russie, ça aurait pu être bien pire. Nous avons réussi à éviter une catastrophe humanitaire. Seulement, il y a encore beaucoup à faire et à reconstruire. L’eau, le pain ou l’électricité manquent dans de nombreux endroits et n’arrivent que par petites quantités. La raison est que les dirigeants géorgiens n’ont jamais développé l’économie dans cette province enclavée géographiquement. Pour favoriser leur expansion, ils ont mené une politique d’assimilation poussant les habitants au départ. Le corridor qui conduit à Vladikavkaz a permis aux populations de contourner ce qui ressemblait à un embargo et d’obtenir des échanges de l’extérieur (aide, nourritures…). Car il n’y a pas d’Ossète du Nord et du Sud. Nous sommes un même peuple, nos soeurs, nos frères et nos amis vivent à Tskhinvali ou ailleurs. Et la décision de Saakachvili d’attaquer l’Ossétie du Sud nous a décidés à nous défendre aujourd’hui. Cette décision du président géorgien n’a pas que des répercussions en Ossétie du Sud mais bien dans notre république dans son ensemble et sur tout le Caucase. Elle aurait pu déstabiliser entièrement la région.

Quel regard portez-vous sur l’attitude de l’Europe ? Comment analysez-vous les réactions en Occident ?

Taimouraz Kasaev. Nous sommes assez déçus. Certes, nous comprenons le comportement des États-Unis : il correspond à la fois à leur stratégie de vouloir s’implanter dans la région avec l’Otan et à leurs projets de construire des gazoducs. Mais l’Europe, qui connaît l’histoire de ces peuples et les antagonismes dans la région, n’a pas envoyé de forces armées. Les dirigeants européens étaient sous le char- me de Saakachvili. Et aujourd’hui, je crois qu’une force étrangère serait acceptée à la frontière mais certainement pas la bienvenue en Ossétie du Sud. Les gens n’ont plus confiance. Tout l’Occident accuse la Russie d’être l’agresseur. Pourtant des agressions ont eu lieu autour du 1er août. Les gens ont fui car les forces géorgiennes se préparaient. Et en Europe, même après les bombardements massifs du 8 août, personne n’a protesté. Il a fallu attendre que les armées géorgiennes rasent tout et après discuter. Cependant, je suis sûr que, dans quelque temps, on connaîtra les raisons de cette attaque. Elle était planifiée, Saakachvili avait prévenu qu’il obtiendrait la reddition de l’Ossétie par la force s’il le fallait. Et malgré les avertissements des Occidentaux, il est passé à l’acte, mobilisant des étudiants, des réservistes qui n’étaient ni au courant ni préparés à ce qui les attendait.

Qu’attendez-vous de la visite de Nicolas Sarkozy ?

Taimouraz Kasaev. Pas grand-chose. La dernière fois qu’il est venu, il a signé le plan de paix. Une fois revenu en Europe, il voulait à nouveau négocier comme si la Russie lui avait fait peur. Les Russes et les Français ont pourtant toujours eu de bonnes relations. Il existe une longue amitié entre ces deux pays.

Pensez-vous qu’un jour il existera une seule République ossète ?

Taimouraz Kasaev. Oui, ce serait normal mais tout doit se faire par la voie diplomatique. Les frontières actuelles ont été dessinées par des dirigeants sans respecter l’histoire commune d’un même peuple. Mais je sais que l’on va nous accuser de vouloir annexer l’Ossétie du Sud. Alors soyons patients et si nous devons rester deux provinces, tant pis !

Entretien réalisé par Vadim KAMENKA et paru dans l'Humanité du 8 septembre 2008
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Publié dans Europe orientale

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