Quel était l’objectif de l’opération « Champ rasé » ?

Publié le par Jihad WACHILL

En Ossétie, où la violence de l’attaque géorgienne des 7 et 8 août a laissé des marques, on s’interroge sur le mobile de l’intervention. Reportage.

Vladikavkaz (Ossétie du Nord), envoyé spécial.

La vie a repris son cours normal à Vladikavkaz, cette ville dont le nom signifie « maître du Caucase ». Même si la capitale d’Ossétie du Nord n’a pas vécu les bombardements de sa voisine d’Ossétie du Sud, Tskhinvali, survenus le mois dernier, « les enterrements y furent nombreux », explique Iouri, la soixantaine. « C’est normal, les gens ont tous des amis ou de la famille ici », résume-t-il. En effet, des liens forts existent entre les deux villes, familiaux ou économiques, et, dans la nuit du 7 au 8 août, lors de l’attaque par l’armée géorgienne, la plupart des réfugiés sont venus s’installer à Vladikavkaz.

Et, si, comme chaque été, de nombreux Ossètes du Nord avaient voulu se rendre par bus à Tskhinvali pour revoir leurs familles et leurs amis, ils furent nombreux, comme Vania, à devoir faire demi-tour, le jour de l’attaque : « les affrontements avaient débuté et on ne pouvait plus rejoindre la ville. Le pire c’est que ma petite fille ait assisté à cette scène. Tout ce qu’elle a vu semble s’être gravé dans son regard ».

En Ossétie du Sud, les affrontements avec les forces géorgiennes font partie du quotidien. Les habitants de Tskhinvali s’attendaient à une attaque car la tension montait chaque jour entre les deux pays. « Début août des premiers bombardements ont eu lieu et certaines personnes ont alors décidé de partir pour se réfugier en Ossétie du Nord », explique Tamerlan Kambolov, doyen de l’université en relations internationales. À chaque conflit (1920, 1992) des dizaines de Sud-Ossètes ont migré vers le Nord ou vers d’autres régions caucasiennes.

Avant les bombardements, à Tskhinvali, les gens avaient pris soin d’aménager leurs caves de lits, et de quoi patienter à l’abri. « Cette habitude nous a coûté cher, raconte Malik. Ils sont entrés avec leurs chars dans nos maisons et j’ai tout perdu, ma femme, ma fille… où dois-je aller étant donné que je n’ai même plus de toit ? ».

Pourtant, « Géorgiens, Arméniens, Azéris, Tchétchènes, Ingouches, Ossètes, nous vivons tous ensemble depuis des siècles. Personne ne souhaitait qu’une guerre éclate », affirme, Valia Agoussev, enseignante à l’université de langue à Vladikavkaz. Et pour cela je remercie le président français d’avoir au moins pu faire signer ce traité et stopper les violences. »

Les cinq jours de combats ont laissé des traces des deux côtés. On avance la présence de milices ossètes massacrant des villages géorgiens. En Russie, tout le monde parle du nom de l’opération retrouvée sur les soldats géorgiens « Champ rasé ». Et la plupart s’interrogent sur le but militaire. « Si l’armée géorgienne avait souhaité prendre la ville et la région alors pourquoi ne sont-ils pas simplement entrés dans Tskhinvali. Non ils ont préféré bombarder la ville laissant les routes dégagées pour que les habitants puissent fuir », raconte Tamerlan.

La plupart des Russes reconnaissent qu’ils sont déçus qu’un conflit ait éclaté avec la Géorgie. Volodia, qui a de la famille dans la capitale géorgienne, « ne comprend pas pourquoi Saakachvili a donné cet ordre. La Russie et la Géorgie ont leurs torts mais il (le président géorgien) ne peut-être pardonné pour les milliers de morts qu’il a causés. Il est coupable. »

Vadim KAMENKA dans l'Humanité du 9 septembre 2008
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Publié dans Europe orientale

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