L’ambassadeur américain expulsé de Bolivie
La Paz : Le président Evo MORALES a décidé de renvoyer Philip GOLDBERG chez lui et l’accuse de fomenter la division et de pousser les riches régions du pays au séparatisme.
Le président bolivien Evo Morales a décrété mercredi persona non grata l’ambassadeur des États-Unis à La Paz, Philip Goldberg, qu’il a accusé d’alimenter la division et le séparatisme en Bolivie. Lors d’une réunion au palais présidentiel à La Paz, Evo Morales a demandé au ministre des Affaires étrangères de « procéder aux démarches légales et diplomatiques pour que la décision de notre gouvernement et de notre président soit connue », et pour que le diplomate « retourne d’urgence dans son pays ». Faisant référence à son passé, le gouvernement bolivien estime que Philip Goldberg a acquis l’expérience de la manipulation du séparatisme lors de ses missions diplomatiques en Bosnie et au Kosovo. « Nous ne voulons pas de séparatistes ni de divisionnistes qui conspirent contre l’unité de la Bolivie, ni de gens qui attentent à la démocratie », a-t-il dit. Il est notamment reproché à Goldberg d’avoir rencontré à huis clos, le 25 août dernier, à Santa Cruz, le préfet Ruben Costas, partisan d’une large autonomie régionale. À Washington, un porte-parole du Département d’État, Gordon Duguid, a qualifié ces accusations d’« infondées ».
Référendum le 7 décembre
Evo Morales, premier président indien de l’histoire de la Bolivie, élu en 2005, a été confirmé haut la main à son poste le 10 août avec plus de 67 % des suffrages lors du référendum révocatoire. Il est confronté depuis des mois à la fronde de cinq des neuf gouverneurs provinciaux, qui refusent tout projet de rupture avec l’ancien ordre colonial. Le texte de la Constitution élaboré et adopté malgré les provocations a été qualifié d’« étatiste et indigéniste » par les opposants de droite et l’oligarchie, qui n’ont toujours pas digéré leur défaite il y a deux ans et demi. Ils réclament depuis la reconnaissance des autonomies de leurs régions (une partie de l’orient bolivien) qui concentrent les richesses du pays (hydrocarbures et agriculture). Le projet constitutionnel doit être soumis à un référendum le 7 décembre, a annoncé fin août le gouvernement.
Depuis mardi, les manifestations et violences n’ont pas cessé, notamment à Tarija et à Santa Cruz où des groupes de jeunes d’extrême droite de l’UJC (Union juvenil crucenista) ont pillé des bureaux de la société de télécommunication tandis que des militants tentaient de prendre le contrôle de plusieurs administrations publiques, dont la direction des impôts, mise à sac la veille.
Ingérence des Etats-unis
L’ambassadeur Goldberg ne peut pas feindre la surprise, après avoir oeuvré au grand jour depuis des mois en faveur des autonomistes. Nommé à La Paz en septembre 2006, il n’a pas été choisi au hasard. De 1994 à 1996, il était le conseiller spécial de Richard Holbrook, secrétaire d’État aux Affaires européennes. Les deux hommes ont dirigé la délégation américaine aux accords de Dayton et furent les principaux artisans de l’éclatement de la Yougoslavie. En 2004, Goldberg devient chef de la mission diplomatique des États-Unis au Kosovo dans le but de préparer l’indépendance de ce qui était alors un territoire serbe. C’est fort de ce « background » qu’il arrive à La Paz et travaille avec les services et fonds américains (de l’USAID et de la NED) à l’élaboration des statuts d’autonomie de Santa Cruz et des riches régions orientales de la « demi-lune ». En fait d’autonomie il s’agit d’un véritable séparatisme, la région devant s’arroger tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire et non la seule gestion des richesses ou la création d’une police régionale) au détriment du pouvoir central qui, bien avant Evo Morales, avait déjà accordé une autonomie aux départements (loi de décentralisation de 1995). Le précédent de Santa Cruz a fait des émules dans quatre autres départements prêts à adopter le même type de statuts, qui ont organisé tout cet été des référendums d’autonomie jugés illégaux par La Paz. Le travail de sape de Goldberg, aujourd’hui cible d’Evo Morales, semble cousu de fil blanc. La fièvre séparatiste dont sont saisis élites et impérialistes est le moyen de la reconquête.
Bernard DURAUD dans l'Humanité du 12 août 2008
Le président bolivien Evo Morales a décrété mercredi persona non grata l’ambassadeur des États-Unis à La Paz, Philip Goldberg, qu’il a accusé d’alimenter la division et le séparatisme en Bolivie. Lors d’une réunion au palais présidentiel à La Paz, Evo Morales a demandé au ministre des Affaires étrangères de « procéder aux démarches légales et diplomatiques pour que la décision de notre gouvernement et de notre président soit connue », et pour que le diplomate « retourne d’urgence dans son pays ». Faisant référence à son passé, le gouvernement bolivien estime que Philip Goldberg a acquis l’expérience de la manipulation du séparatisme lors de ses missions diplomatiques en Bosnie et au Kosovo. « Nous ne voulons pas de séparatistes ni de divisionnistes qui conspirent contre l’unité de la Bolivie, ni de gens qui attentent à la démocratie », a-t-il dit. Il est notamment reproché à Goldberg d’avoir rencontré à huis clos, le 25 août dernier, à Santa Cruz, le préfet Ruben Costas, partisan d’une large autonomie régionale. À Washington, un porte-parole du Département d’État, Gordon Duguid, a qualifié ces accusations d’« infondées ».
Référendum le 7 décembre
Evo Morales, premier président indien de l’histoire de la Bolivie, élu en 2005, a été confirmé haut la main à son poste le 10 août avec plus de 67 % des suffrages lors du référendum révocatoire. Il est confronté depuis des mois à la fronde de cinq des neuf gouverneurs provinciaux, qui refusent tout projet de rupture avec l’ancien ordre colonial. Le texte de la Constitution élaboré et adopté malgré les provocations a été qualifié d’« étatiste et indigéniste » par les opposants de droite et l’oligarchie, qui n’ont toujours pas digéré leur défaite il y a deux ans et demi. Ils réclament depuis la reconnaissance des autonomies de leurs régions (une partie de l’orient bolivien) qui concentrent les richesses du pays (hydrocarbures et agriculture). Le projet constitutionnel doit être soumis à un référendum le 7 décembre, a annoncé fin août le gouvernement.
Depuis mardi, les manifestations et violences n’ont pas cessé, notamment à Tarija et à Santa Cruz où des groupes de jeunes d’extrême droite de l’UJC (Union juvenil crucenista) ont pillé des bureaux de la société de télécommunication tandis que des militants tentaient de prendre le contrôle de plusieurs administrations publiques, dont la direction des impôts, mise à sac la veille.
Ingérence des Etats-unis
L’ambassadeur Goldberg ne peut pas feindre la surprise, après avoir oeuvré au grand jour depuis des mois en faveur des autonomistes. Nommé à La Paz en septembre 2006, il n’a pas été choisi au hasard. De 1994 à 1996, il était le conseiller spécial de Richard Holbrook, secrétaire d’État aux Affaires européennes. Les deux hommes ont dirigé la délégation américaine aux accords de Dayton et furent les principaux artisans de l’éclatement de la Yougoslavie. En 2004, Goldberg devient chef de la mission diplomatique des États-Unis au Kosovo dans le but de préparer l’indépendance de ce qui était alors un territoire serbe. C’est fort de ce « background » qu’il arrive à La Paz et travaille avec les services et fonds américains (de l’USAID et de la NED) à l’élaboration des statuts d’autonomie de Santa Cruz et des riches régions orientales de la « demi-lune ». En fait d’autonomie il s’agit d’un véritable séparatisme, la région devant s’arroger tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire et non la seule gestion des richesses ou la création d’une police régionale) au détriment du pouvoir central qui, bien avant Evo Morales, avait déjà accordé une autonomie aux départements (loi de décentralisation de 1995). Le précédent de Santa Cruz a fait des émules dans quatre autres départements prêts à adopter le même type de statuts, qui ont organisé tout cet été des référendums d’autonomie jugés illégaux par La Paz. Le travail de sape de Goldberg, aujourd’hui cible d’Evo Morales, semble cousu de fil blanc. La fièvre séparatiste dont sont saisis élites et impérialistes est le moyen de la reconquête.
Bernard DURAUD dans l'Humanité du 12 août 2008
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