Commission européenne : Du lobbying à la corruption

Publié le par Jihad WACHILL

Bruxelles : Un membre du cabinet du commissaire au commerce, Peter Mandelson, est mis en cause par un enregistrement du Sunday Times.

Le journal britannique Sunday Times a publié le 6 septembre un article mettant en cause un membre du cabinet du commissaire européen au commerce, Peter Mandelson. Ce journal affirme détenir un document enregistré par des journalistes se faisant passer pour des lobbyistes. Ils lui auraient proposé un contrat de 600 000 euros sur un an en échange d’informations confidentielles. Le journal indique aussi que ce fonctionnaire a fourni à ses interlocuteurs des noms de sociétés chinoises qui devraient être autorisées à payer des taxes antidumping moins élevées, dans le cadre d’enquêtes en cours sur des différends commerciaux.

Selon la version rapportée par l’AFP à Bruxelles, « le fonctionnaire aurait envisagé la possibilité de recevoir de l’argent, suggérant même qu’il lui soit versé sur un compte bloqué auquel il n’aurait accès qu’une fois à la retraite ». Intéressé, mais prudent, il aurait déclaré : « Nous en parlerons quand vous aurez des résultats. » La Commission annonce avoir ouvert une enquête administrative interne après les accusations du Sunday Times.

Cette affaire n’a rien d’étonnant. La Commission européenne dispose du monopole de la proposition dans le cadre des politiques communes européennes. Mais elle se passe de toute expertise de terrain avant d’élaborer ses directives et autres propositions de réformes. En revanche, elle consulte en permanence des lobbyistes en tous genres, lesquels sont constitués en cabinets d’affaires avec pignon sur rue à Bruxelles et sont financés essentiellement par des firmes multinationales qui feraient « travailler » 15 000 individus.

Ainsi, selon le Monde du 4 septembre, Pernod-Ricard a dépensé 460 000 euros en frais de lobbying auprès de la Commission durant l’année 2007. Or 2007 s’est terminée par une réforme de l’Organisation commune du marché du vin, conforme aux intérêts des firmes alcoolières propriétaires de vignobles dans les pays de l’hémisphère Sud et qui lorgnent désormais vers la Roumanie et la Bulgarie pendant que l’on arrache 175 000 hectares de vignes au sud de l’Europe.

Par ailleurs, on ne compte plus les anciens commissaires et les fonctionnaires de la Commission qui se reconvertissent en lobbyistes au service des firmes privées. Forts de leurs carnets d’adresses et des connaissances acquises dans la manière d’influencer les décisions de la Commission, ils sont prisés par les firmes. La situation est telle que la Commission a ouvert en juin dernier un registre d’inscription volontaire « pour les représentants d’intérêts », afin de tenter de contrôler leurs agissements. Mais seulement 300 entreprises et associations ont accepté de s’inscrire.

Gérard LE PUILL dans l'Humanité du 12 septembre 2008
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Publié dans Europe - UE

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