TAPIE bafoue la représentation nationale

Publié le par Jihad WACHILL

Assemblée : Devant la commission des Finances, Bernard Tapie a joué l’insolence et le mépris tout en cherchant à dédouaner Nicolas Sarkozy.

« Je n’en ai rien à foutre, vous n’êtes pas mes juges ! » Bernard Tapie a fait son show. Maniant provocation, insolence et démagogie. Le problème est qu’il n’était pas mercredi dans une émission de variétés à la télévision, mais devant les députés de la commission des Finances. Et qu’il s’adressait donc à la représentation nationale. Ce qui en dit long sur la conception de la politique et sur le respect du suffrage universel et de la démocratie de la part d’un ancien député et d’un ancien ministre. « Vous assenez des certitudes », a-t-il dit aux députés, comme on tance des gamins dans une cour d’école.

Qu’il argumente pour justifier le recours à l’arbitrage privé dans l’affaire qui l’oppose au Crédit lyonnais est son droit, même s’il s’agit de fonds publics et qu’il y a outrecuidance à rafler 240 millions d’euros. Auxquels il faut ajouter 45 millions d’euros au titre d’un prétendu préjudice moral. Tapie, le prédateur d’entreprises, a laissé sur le carreau des milliers de salariés qui n’ont pas eu la chance de prétendre à un quelconque préjudice de ce type. « Des arbitres largement aussi crédibles que vous, largement aussi honnêtes, ont décidé de me dédommager », a lancé avec morgue à l’attention des députés l’affairiste plusieurs fois condamné par la justice à des peines de prison ferme, notamment pour fraude fiscale.

L’UMP tente une contre-attaque


Sur le fond, on retiendra qu’il considère comme normal le recours à un arbitrage privé, qu’il a tenté de faire pleurer dans les chaumières en expliquant qu’une fois payé ses dettes il ne lui resterait « pas plus de 25 à 40 millions d’euros » pour solde de tout compte. Et qu’il a cherché à dédouaner Nicolas Sarkozy : « À aucun moment, strictement à aucun moment on ne peut voir la main du pouvoir dans la décision de faire l’arbitrage », a-t-il répété.

Christine Lagarde, hier matin sur France Inter, a creusé le même sillon. Interrogée sur le fait que l’affairiste avait été reçu au moins quatre fois à l’Élysée par le président de la République, elle a répliqué : « Je ne suis pas concierge de l’Élysée, je ne vérifie pas les entrées et les sorties. » Gênée par l’attitude de Bernard Tapie devant les députés, l’UMP, par la voix de l’un de ses porte-parole Frédéric Lefebvre, a tenté une contre-attaque. « Si Bernard Tapie a fait son show, alors c’est à un mauvais duo de claquettes qu’on a assisté avec Jean Peyrelevade et François Bayrou », a-t-il ironisé. Selon lui, le président du Modem et son conseiller « jouent aux chevaliers blancs ».

Des rumeurs de retour politique

Déjà largement inscrite dans un contexte politique quelque peu nauséeux, une autre dimension politique semble se faire jour derrière l’intervention sarkozyste. Il se murmure en effet que Bernard Tapie pourrait reprendre du service actif au moment des prochaines élections européennes, en compagnie de son compère Jean-Louis Borloo, son avocat dans l’affaire OM-Valenciennes. Le but étant de monter une liste radicale qui naviguerait dans les eaux du Modem, histoire de limiter les ambitions de François Bayrou.

Le premier secrétaire du PS ne s’y est pas trompé en centrant son attaque contre Nicolas Sarkozy. Selon François Hollande, en demandant le recours à l’arbitrage Bernard Tapie « a joué selon ses intérêts », mais « c’est le pouvoir politique qui lui a permis d’obtenir ce qu’il voulait ». Précisant : « La seule question qu’il faut poser, c’est : pourquoi le pouvoir politique, le président de la République et la ministre de l’Économie ont-ils autorisé la procédure d’arbitrage quand l’État avait intérêt à la poursuite de la procédure judiciaire ? » Le PS a déposé une demande de commission d’enquête parlementaire obligeant les personnes à témoigner sous serment. Tout comme le Modem. Mais pas l’UMP…

Dominique BEGLES dans l'Humanité du 12 septembre 2008
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Publié dans France - Politique-PCF

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