L’écroulement du modèle britannique

Publié le par Jihad WACHILL

Londres : Vanté, il y a peu de temps encore, comme le nec plus ultra de la réussite économique, le blairisme prend l’eau de toute part tandis que le pays sombre peu à peu dans la récession.

Londres, correspondance particulière.

Le fameux miracle économique de la Grande-Bretagne, servi par Tony Blair et les aficionados du social-libéralisme comme un modèle pour l’Europe, est en train de s’effondrer. Les faits sont têtus et tout le monde est obligé désormais de convenir que « le pays des merveilles » créé par Blair et son chancelier de l’Échiquier Gordon Brown, aujourd’hui premier ministre est plus que sérieusement enrayé. Sa marque de fabrique : la flexibilité tous azimuts, tant vantée par Nicolas Sarkozy lors de sa visite à Londres il y a quelques mois, est devenue synonyme de cauchemar pour une bonne part de la population.

Liée à l’économie des États-Unis

L’économie est entrée en récession, selon des instituts de recherches dont l’analyse est partagée cette semaine par la Commission européenne. Le nouveau chancelier de l’Échiquier, Alistair Darling, évoque lui-même la situation économique « la plus dangereuse depuis soixante ans. »

Liée étroitement à l’économie des États-Unis, la Grande-Bretagne souffre des dures conséquences de la crise des subprimes et du phénomène de contraction du crédit « crédit crunch ». Le marché immobilier connaît une crise très profonde aux aspects souvent très proches de celle qui sévit aux États Unis et aux conséquences funestes pour des millions de familles.

Le pays est lourdement endetté, et ses citoyens le sont également : Le total des dettes individuelles a dépassé l’année dernière, pour la première fois, le montant du produit intérieur brut (PIB) de la Grande-Bretagne : soit 1 330 milliards de livres (1 600 milliards d’euros). Autrement dit, en 2007, les 60 millions de Britanniques devaient aux banques plus que la valeur de tout ce que le pays produit dans une année !

L’endettement a été encouragé par les banques. Avec la folle hausse des prix des logements, les crédits étaient obtenus facilement, les consommateurs empruntant toujours plus, y compris pour compenser la stagnation des salaires qui les empêchait d’accéder à un plus haut niveau de vie. Aujourd’hui avec l’éclatement de la bulle immobilière, tout cela se retourne.

Jadis, le Parti travailliste - influencé par ses racines dans le protestantisme - prônait un comportement sobre où l’on ne dépense pas plus que ce que l’on a en poche. Mais avec la financiarisation les banques se sont laissées aller à l’euphorie des gains faciles en émettant des crédits initialement ultrarentables mais que de très nombreux clients sont aujourd’hui dans l’incapacité de rembourser.

Au total, la Grande-Bretagne affiche désormais une balance commerciale très déficitaire. Ce pays qui se vantait d’être « l’usine du monde » n’est plus de belle lurette un pays industriel, il est devenu un havre de services financiers. Les blairistes voyaient dans la croissance de la City le moyen de faire croître la richesse de l’ensemble du pays. L’atterrissage est pour le moins douloureux.

Les syndicats haussent le ton

Face à ce fiasco, les syndicats (qui achevaient hier leur congrès annuel à Brighton) ont décidé de hausser le ton. Dans une interview à l’Humanité (notre édition du 8.09), Tony Woodley, cosecrétaire général du grand syndicat Unite, s’est félicité de la mort du « blairisme », tout en regrettant le tort qu’il a fait au pays.

L’unique confédération syndicale (TUC) a décidé de se mobiliser pour éviter que les salariés ne payent le plus lourd tribut à la crise et prévenir les velléités de fuite en avant du premier ministre Gordon Brown. Les délégués ont adopté, unanimes, un plan d’actions en faveur de véritables augmentations de salaires dans le secteur public. Et, tout en reconnaissant le caractère global de la crise dont le gouvernement ne saurait donc être considéré comme l’unique comptable, ils ont pointé un certain nombre de revendications.

« Le gouvernement doit montrer qu’il est du côté des salariés en assurant que les coûts de la récession soient supportés par ceux qui en ont les moyens », dit une déclaration approuvée par les délégués. Les syndicalistes réclament une forte régulation du secteur financier, la restructuration du système d’impôts sur le revenu et des hausses d’impôts pour les riches, une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des sociétés qui se sont enrichies dans la crise énergétique, un grand programme de construction de logements sociaux…

Contre l’avis du gouvernement, la confédération syndicale insiste sur le fait que l’économie du pays a été trop dangereusement exposée à cause de sa dépendance de la City. Et il n’accepte pas « l’approche néolibérale » officielle qui rechigne à chercher les moyens de réguler plus sérieusement le secteur financier.

Mark Serwotka, secrétaire général du syndicat PCS du secteur public, dont beaucoup de membres affichent aujourd’hui des pertes spectaculaires de pouvoir d’achat, a même lancé sous forme de dépit à l’endroit du Parti travailliste : « Il se peut qu’on nous accuse de laisser passer les tories (conservateurs), mais la faute reviendra à Gordon Brown et au gouvernement travailliste. Si les tories gagnent l’élection, le gouvernement l’aura cherché. »

Brown a reconnu cette semaine que le Labour a besoin de « repenser » sa politique. Jusqu’à quel point suivra-t-il sa propre recommandation ? Prochaine étape dans ce débat de plus en plus houleux autour de la crise : le congrès du Parti travailliste, qui s’ouvre à Manchester le 20 septembre.

Peter AVIS dans l'Humanité du 12 septembre 2008
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Publié dans Europe occidentale

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