Aidons-nous…
Ce n’est parce que l’abîme est devant nous qu’il faut cesser d’accélérer. C’est en substance ce qu’a déclaré Nicolas Sarkozy, hier. « Bien sûr, il y a une crise économique mondiale et européenne », a-t-il proclamé, mais « ce n’est pas une raison pour arrêter les réformes. C’est au contraire une raison pour aller plus loin ». Eh bien non ! Il est insupportable d’infliger à une population fragilisée par la crise, des salaires ou des retraites bloqués, une restriction de l’accès à la santé, la privatisation de services publics aussi nécessaires que La Poste ou la désertification de territoires entiers par la fermeture d’hôpitaux, d’établissements de la défense, de tribunaux…
L’addition est déjà si lourde après seize mois de présidence qu’il est grand temps de freiner voire de mettre un coup d’arrêt à ce qui s’avère une gigantesque entreprise de démolition du contrat social français pour lui substituer la logique des marchés financiers. Jusqu’alors, de passages en force en petites manoeuvres, Nicolas Sarkozy est parvenu à imposer ses projets. Il aurait pu chuter une première fois - et avec lui ses modifications constitutionnelles - devant le Congrès de Versailles s’il n’était parvenu à rallier quelques soldats perdus de la gauche. Aujourd’hui, l’opinion a basculé. Elle n’a plus confiance et porte un jugement sévère sur le bilan de la droite. Après avoir laissé les Français interdits, le feuilleton de la famille régnante, ses chansons, ses mariages dorés, ses vacances en compagnie des milliardaires, ses amis si bien protégés et si abondamment servis, a fonctionné comme un révélateur. Mais l’occasion de riposter à la politique gouvernementale ne lui a pas été offerte de façon suffisamment crédible pour qu’elle se mobilise. Pourtant, l’affaire du fichier Edvige et les premiers reculs auxquels l’Élysée a été contraint témoignent que l’inflexibilité présidentielle a les limites que l’opinion lui fixe.
La Fête de l’Humanité qui s’ouvre aujourd’hui ambitionne d’être le carrefour des énergies et des idées pour mettre en échec ce capitalisme ravageur, le lieu où la gauche reprend des couleurs dans la confrontation avec les citoyens, où syndicats et associations peuvent se faire entendre du plus grand nombre, un forum où l’on ne se contente pas que les choses soient dites mais où l’on tient à ce qu’elles soient faites. La construction d’une alternative à la politique de la droite qui change vraiment la vie apparaît comme une urgence, une nécessité et un défi. C’est cet ouvrage qui sera sur « le métier » de La Courneuve, à une dimension inégalée dans notre pays.
Rassemblement combatif, ce week-end de trois jours est aussi une formidable immersion dans la culture - des artistes de sa grande scène aux peintres et graphistes de sa grande exposition en passant par les centaines de créateurs qui parsèment le parc de leurs pierres blanches. Ici, on prend du plaisir, celui des découvertes et des bouffes conviviales, des retrouvailles et des rencontres… Un moment d’humanité palpable.
À l’autre bout de la France, une foule attendra le pape à Lourdes. À La Courneuve, une autre se dira : « Aidons-nous - et quant au ciel -,qu’il nous soit clément ! »
L'éditorial de l'Humanité du 12 septembre 2008 par Patrick APEL-MULLER