Amendements proposés à Amiens pour le Congrès du PCF: le Monde et l'Europe d'aujourd'hui
Internationalisme, anti-impérialisme et droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
Après l'effondrement de l'URSS, beaucoup ont cru au caractère définitif du capitalisme. Pourtant, depuis quelques année, le socialisme refait surface dans différents points du globe.
Ainsi, plusieurs pays d'Amérique latine se sont engagés dans des expériences progressistes. Elles reposent sur la reconquête de leur souveraineté économique et politique (grâce par exemple à la nationalisation des banques et des grands secteurs de l'économie) et sur des processus de transformation en profondeur des ces sociétés visant à garantir l'accès à la santé, à l'éducation et à l’alimentation pour le plus grand nombre. Ces expériences reposent sur un fort soutien populaire et se prolongent sur le plan régional par la construction de coopérations interétatiques solidaires et équitables (c'est l'ALBA, qui s'est construite par une rupture avec une partie des institutions préexistantes, relais de l'impérialisme américain, et leurs politiques ultra-libérales et anti-sociales).
Il convient de souligner combien Cuba, malgré le blocus américain depuis près de 50 ans, a servi de point d'appui dans leur volonté d'émancipation aux autres pays d'Amérique latine écrasés par l'impérialisme américain. Et de continuer à manifester notre solidarité au peuple cubain victime de ce blocus économique d’autant plus inhumain dans le contexte des ouragans qui ont traversé les Caraïbes cet été et des dévastations qu’ils ont causées.
Dans plusieurs pays (Chypre, pays membre de l'UE où pour la première fois un Président de la République communiste a été élu cette année, Portugal, Grèce, Tchéquie, Japon, Inde ou encore Népal, où l'alliance gouvernementale de deux partis se réclamant du communisme arrive au pouvoir), des partis communistes renaissent ou regagnent en influence sur des bases marxistes voire léninistes. Une réalité qui contredit le prétendu affaiblissement généralisé de l'idéologie communiste et des partis s'en réclamant.
La situation actuelle ouvre au PCF la possibilité de retrouver une solidarité internationale active dans le respect des expériences de chaque peuple, sur la base du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, que ce soit sur la plan politique qu'économique, et en combattant les ingérences impérialistes, qu'elles soient militaires ou soit-disant "humanitaires". Car l’'internationalisme est au cœur de notre engagement politique , nous devons être plus que jamais solidaires des luttes de libération nationale comme des luttes des peuples qui veulent se libérer du capitalisme et sont assaillis de ce fait par l'impérialisme. C'est sur ces bases internationalistes et anti-impérialiste que le PCF doit défendre, par exemple, la sortie de la France de l'OTAN, le retrait des troupes françaises d'Afghanistan ou encore le droit à l'autodétermination du peuple palestinien.
Le PCF doit faire prendre à notre pays le drapeau de la lutte pour la paix et le désarmement nucléaire, pour la construction d'un nouvel ordre international basé sur la justice sociale et un droit international refondé et effectif, sur des coopérations avantageuses pour les pays en voie de développement, qui puissent leur permettre de sortir de la misère et de la soumission économique et politique.
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes n'est d’ailleurs pas qu'une notion applicable à des situations lointaines, mais elle peut aider à trouver un positionnement juste à propos de la " construction européenne ".
L'Union européenne: un outil de domination des peuples par le capital
Machine de guerre contre l'emploi, les services publics, les droits des travailleurs et les acquis populaires, l'Union européenne révèle de plus en plus clairement et cruellement sa véritable fonction: celle de permettre aux capitalistes de réaliser le maximum de profits dans le cadre d'une "concurrence libre et non faussée". Structure supra-nationale, elle impose ses choix économiques, commerciaux et politiques aux Etats-membres et à leur population en bafouant la souveraineté populaire. Le passage à l'euro, outil de contrainte monétaire au service du capital, a encore accru la pression sur les peuples. Comment dans ces conditions pouvoir mener une politique progressiste dans le cadre des contraintes imposées par l'UE et les intérêts capitalistes qu'elle sert?
La population n'est pas dupe: en France, l'euro est largement identifié comme responsable de la hausse des prix et de la baisse du pouvoir d'achat. Cette réalité, perçue clairement au niveau des classes populaires, a ainsi été un des principaux vecteurs du refus par le peuple français de la Constitution européenne en 2005. A trois reprises, en 2005 pour la France et les Pays-Bas et en 2008 pour l'Irlande, des peuples ont refusé de perdre leur souveraineté au profit d'une processus constituant qui vise à les dessaisir toujours plus de leur droit à disposer d'eux-mêmes.
Ils ont ainsi exprimé aussi leur colère et leur rejet de ce corset politique que constituent les traités européens. Ils ont aussi fait la démonstration que le cadre national reste pour les peuples d'Europe le plus favorable à l'expression de la souveraineté populaire, alors que l'Union européenne, en éloignant les citoyens des décisions, parcellise et casse les résistances populaires. La prétention scandaleuse à vouloir faire revoter les citoyens irlandais doit d’ailleurs de ce fait être combattue sans concession. Il faut être clair : le traité de Lisbonne est caduc.
Plus fondamentalement encore, il apparaît comme illusoire d'espérer réorienter l'Union européenne au vu du rapport de forces institutionnel dans cet édifice. Aujourd'hui, le seul débat dans les sphères dirigeantes de l'UE est de savoir si l'UE doit rester le jouet de l'impérialisme américain ou bien si elle doit développer un impérialisme autonome européen. La crise boursière et l'affaiblissement de l'impérialisme américain devraient en toute logique relancer ce débat, mais il est hautement improbable qu'elle le fasse dériver vers une "Europe sociale". Une formule de pure convenance et creuse, empruntée au PS d’ailleurs, et qui correspond à des velléités réformistes de façade : dans les faits, " l’Europe sociale " vantée par la social-démocratie n’a apporté aucune avancée concrète d’envergure, même lorsque la quasi-totalité des Etats membres de l'UE étaient dirigés par la social-démocratie il y a quelques années encore. Ce qui n'a pas pu être réalisé alors, il est illusoire de faire croire qu’on va le réaliser aujourd'hui avec un rapport de force devenu entretemps nettement plus défavorable au niveau institutionnel.
Alors que la possibilité de réorienter l'Union européenne apparaît de plus en plus improbable aux peuples d'Europe, ne faut-il pas se poser la question d'en sortir, ou du moins dans un premier temps d'en faire éclater le carcan en travaillant à de véritables coopérations entre pays basés sur le respect des souverainetés populaires, la solidarité entre les peuples et la justice sociale? Une intégration régionale refondée sur la base de nouveaux traités en rupture avec ceux de l'Union européenne, sur le modèle de l'ALBA en Amérique latine, qui s'est construite en rupture avec les institutions régionales préexistantes.
De la même manière que le capitalisme et les institutions qui lui servent de support au niveau national comme international (le FMI, l'OMC, etc.), l'Union européenne et ses institutions dérivées (BCE par exemple) ne sauraient être considérées comme un cadre indépassable. Partant de là, aucune option ne saurait être fermée, y compris la sortie de l'Union européenne afin de restaurer la souveraineté populaire et se donner ainsi les moyens de mener une politique progressiste, voire franchement socialiste comme en Amérique latine. Evidemment, ceci implique un débat ouvert avec la population et ne saurait être tranché in fine que par un référendum, expression directe de la souveraineté populaire.
Il est urgent aujourd'hui de remettre en cause un processus de construction d'une entité européenne supranationale entièrement dévouée aux marchés financiers et sur laquelle les peuples n'ont pas de prise. Pour le droit des peuples d'Europe à disposer d'eux-mêmes, contre cet impérialisme européen en gestation, nous devons dès à présent et pour les prochaines élections européennes :
- Renouer des liens avec les autres Partis communistes d'Europe et revoir en profondeur le cadre actuel de nos coopérations politiques au niveau européen qu'est le PGE (Parti de la Gauche Européenne), dont le caractère réformiste nous a éloignés dans les faits des partis communistes les plus dynamiques dans leur pays (les partis communistes du Portugal, de Grèce, de Tchéquie et de Chypre, par exemple, qui refusé de rejoindre le PGE) au profit bien souvent dans ces mêmes pays de formations gauchistes/réformistes objectivement de moindre importance ;
- Combattre les velléités de criminalisation du communisme au niveau de l’UE, qui se développent sur fond de révisionnisme et de réhabilitation du fascisme (en Italie) voire du nazisme (en Lettonie où un monument en l’honneur des anciens SS lettons a été inauguré !), en manifestant notre solidarités avec les autres PC ou mouvements communistes qui, surtout en Europe de l’Est, sont interdits (comme le PC letton reformé sous l’appellation " socialiste " ou encore plus récemment le mouvement des jeunes communistes tchèques) ou traînés devant les tribunaux (comme le PCOH en Hongrie) pour leurs idées communistes ;
- Affirmer sans ambiguité la primauté de la souveraineté populaire sur les directives européennes ultra-libérales et anti-sociales de l'UE en nous opposant sans compromission à leur application là où nous le pouvons, localement par exemple dans les collectivités locales à direction communiste en refusant autant que nous le pourrons de les mettre en œuvre ;
- Poser la nécessité de l'abrogation des traités de l'UE qui, dès 1957 avec le traité de Rome, ne sont que l'expression des intérêts capitalistes, et leur remplacement par de nouveaux traités européens progressistes et, dans un second temps et si l'on n'obtient pas d’avancée sur cette question essentielle au niveau institutionnel, ouvrir le débat en France et en Europe, avec les autres partis communistes ou progressistes, de la pertinence de sortir de l'UE pour construire avec les autres peuples qui le souhaiteraient de nouvelles coopérations débarrassées du carcan ultra-libéral et impérialiste des traités actuels de l'UE.