Thabo MBEKI contraint à la démission

Publié le par Jihad WACHILL

Afrique du Sud : Le successeur de Nelson MANDELA a été prié par l’ANC de quitter ses fonctions. C’est l’épilogue d’une bataille acharnée sur fond de crise économique et de dossiers judiciaires.

Le président sud-africain Thabo Mbeki s’est adressé hier soir à la nation pour une allocution inhabituelle. Il devait en effet annoncer sa démission à la suite de la décision du Congrès national africain (ANC) de lui retirer son mandat. Le Comité national exécutif (NEC) de l’ANC a décidé samedi, « après une discussion longue et difficile », de « rappeler le président (…) avant la fin de son mandat », qui expire au 2e trimestre 2009, a expliqué le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, pour qui la décision du comité exécutif n’a « rien d’une punition mais vise à unir de nouveau le parti », profondément divisé ces dernières années, comme on a pu le constater lors de la conférence de l’ANC au mois de décembre dernier. « Le président se plie à la décision et va démissionner une fois que toutes les obligations constitutionnelles auront été remplies », a indiqué le porte-parole de Mbeki, Mukoni Ratshitanga.

C’est l’épilogue d’une guerre fratricide commencée il y a un peu plus de deux ans et qui a opposé Mbeki à celui qui était alors le vice-président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma. Ce dernier, mêlé à des affaires financières impliquant certains de ses proches, avait alors dû quitter son poste, tout en conservant son siège au sein de l’organisation politique. Dès lors, la bataille faisait rage, sur fond d’ambitions personnelles mais surtout sur l’ensemble des dossiers politiques et économiques du pays, les dissensions s’aggravant proportionnellement aux difficultés rencontrées par les habitants les plus pauvres (en dépit d’une décennie de croissance, 43 % de la population vit toujours avec moins de deux dollars par jour). Thabo Mbeki, qui savait ne pas pouvoir briguer un troisième mandat à la tête de l’Afrique du Sud, entendait conserver un certain nombre de ses prérogatives en gardant le leadership de l’ANC. Mais, à Polokwane (Limpopo), au congrès, la majorité des délégués en a décidé autrement, plaçant Jacob Zuma à la présidence de l’organisation, faisant de lui le candidat naturel à la présidence de la République pour les élections prévues en avril ou mai 2009. Cela avec le soutien des deux autres alliés de l’ANC, le Parti communiste sud-africain (SACP) et la confédération syndicale, la COSATU.

Pourtant, quelques jours plus tard, Jacob Zuma était inculpé dans une affaire de pots-de-vin, alors que le dossier d’accusation avait été rejeté par la justice l’année précédente. Des voix s’élevaient alors pour dénoncer une machination politique visant à empêcher Zuma d’accéder à la magistrature suprême. Derrière se cacheraient donc Mbeki et ses partisans. Nouveau rebondissement le 12 septembre : le juge de Pietermaritzburg (sud-est du pays) saisi du procès prononçait le non-lieu en faveur de Jacob Zuma. Il ne s’en tenait pas là et dénonçait des « interférences » au plus haut niveau auprès du parquet national (NPA). Aussitôt, la direction de l’ANC, la COSATU et le Parti communiste demandaient la démission du chef de l’État.

Une démission offre à M. Mbeki « l’issue la plus honorable », estime Dirk Kotze, chercheur en sciences politiques. « Les deux autres options (un vote de défiance du Parlement ou son renvoi pur et simple par l’Assemblée, avec une majorité des deux tiers - NDLR) auraient été une humiliation. » Le Parlement, qui devrait se réunir mardi, devra, après la démission de Thabo Mbeki, nommer un président par intérim, impliquant soit la convocation d’élections anticipées, ou bien la désignation d’un nouveau président qui mènerait le mandat à terme. Le parti ne peut pas démettre le président de la République. Mais le chef de l’État « tire sa légitimité du fait qu’il a été choisi par l’ANC et pas d’un scrutin direct », souligne Dirk Kotze, le président étant élu par le Parlement issu des élections générales.

Pour l’ANC il convient maintenant d’empêcher une crise généralisée et avant tout d’empêcher une démission en masse des ministres du gouvernement les plus proches de Thabo Mbeki. Déjà, la vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka, a indiqué qu’elle se démettrait de ses fonctions à la suite du président. La Ligue de la jeunesse de l’ANC a estimé que cette « décision ne doit pas créer une crise nationale (…) mais être comprise dans le cadre de notre développement démocratique ». Le Congrès national africain veut également s’assurer de l’unité dans ses rangs avant de se présenter aux élections. Il convient donc d’éviter l’organisation d’un scrutin anticipé. Hier, les journaux sud-africains n’exprimaient pas de regret pour le « Prince impitoyable » qui a, selon le Sunday Independent, alimenté le courroux de ses rivaux en menant une « politique sans pitié ». Alors que pour le Sunday Times, néanmoins critique sur les méthodes de l’ANC, « la décision de révoquer Mbeki était la chose à faire ». Et le quotidien d’asséner : « Il était un mauvais président. Il a divisé notre pays. »

Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 22 septembre 2008
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Publié dans Afrique

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