Colette DUYNSLAEGER : « On a l’expérience de France Télécom, le service rendu se détériore »
Pour Colette DUYNSLAEGER, secrétaire générale de la fédération des activités postales et de télécommunication CGT, le mouvement enclenché est historique.
Visiblement, la grève des postiers s’annonce forte…
Colette Duynslaeger. Très forte. La mobilisation d’aujourd’hui fait suite aux initiatives que nous déployons depuis cet été, aux multiples réunions avec le personnel, à la pétition qui a recueilli 50 000 signatures de salariés et plus de 90 000 d’usagers. Les syndicats ont lancé cet appel à la grève depuis la rentrée et de manière unitaire, ce qui encourage, on le sait, la mobilisation. La Poste a fait réaliser un sondage en interne il y a plus de dix jours, et comptait déjà quelque 36 % de grévistes. Rapporté à d’autres mouvements, c’est énorme.
Les conditions de travail se sont déjà beaucoup détériorées à La Poste et, avec elles, les missions de services publics. Comment expliquez-vous que la mayonnaise prenne cette fois-ci ?
Colette Duynslaeger. Les craintes que la privatisation accélère encore cette dégradation sont énormes. Et justifiées. La Poste est une entreprise de bas salaires. Beaucoup d’emplois sont précaires. Les contractuels craignent pour l’avenir car les ouvertures de capital se terminent toujours par des suppressions d’emplois. Et puis, cette fois-ci, les personnels se sentent soutenus par la population.
Justement, une des forces de ce mouvement est d’être porté par des syndicats unis mais aussi des associations, partis politiques et usagers. Est-ce important pour vous ?
Colette Duynslaeger. Très. Nous sommes en train de vivre un mouvement historique pour obtenir un débat public sur le statut de La Poste qui doit se terminer par un référendum. C’est la première fois qu’une mobilisation rassemble autant de diversité, syndicale avec l’engagement des fédérations et des confédérations, mais aussi politique avec tous les partis de gauche et citoyenne avec les associations d’usagers. Cette force, avant même la première date de grève, contraint le président de la République à être prudent.
Jean-Paul Bailly, le PDG de La Poste, explique que l’ouverture du capital est nécessaire pour obtenir les moyens de développer le service public postal. Pourquoi contestez-vous cette solution ?
Colette Duynslaeger. Une ouverture du capital se traduit inévitablement par une demande de dividende pour les actionnaires. À partir de là, les pressions sont énormes sur la masse salariale, le service rendu se détériore et les tarifs augmentent. On a déjà l’expérience avec France Télécom. Il n’y a pas besoin de privatiser. Toutes les activités de La Poste sont déjà libéralisées, sauf la lettre de moins de 50 grammes. Le fait que la concurrence s’exerce n’empêche pas l’entreprise d’être bénéficiaire. On nous dit qu’il faut trouver 3,5 milliards d’euros pour prendre des acquisitions dans les pays européens. Mais pourquoi les opérateurs devraient forcément s’affronter ? Nous, nous plaidons pour un développement de coopérations entre les pays qui réponde aux énormes besoins de communication. J’ajoute qu’aujourd’hui La Poste s’autogère. L’État a déjà ponctionné sur ses recettes 2 milliards d’euros pour financer la retraite des agents. Un autre milliard est supporté par La Poste qui finance le service universel comprenant de la présence postale, de l’aide presse ou de l’accessibilité bancaire et, pour la première fois en 2007, l’État a réclamé 241 000 euros de rémunération en tant qu’actionnaire.
Mais s’il y a de l’argent et qu’on ne privatise pas, on fait quoi ?
Colette Duynslaeger. Il y a beaucoup à changer pour améliorer le service et les conditions de travail du personnel. La vraie bonne idée, par exemple, serait de développer le réseau des bureaux qui rendent tous les services en même temps. Dans un autre domaine, on peut imaginer une coopération de La Poste avec le TGV qui permettrait au courrier posté le matin d’arriver le soir. Nous ne sommes pas pour le statu quo.
Entretien réalisé par Paule MASSON dans l'Humanité du 23 septembre 2008
Visiblement, la grève des postiers s’annonce forte…
Colette Duynslaeger. Très forte. La mobilisation d’aujourd’hui fait suite aux initiatives que nous déployons depuis cet été, aux multiples réunions avec le personnel, à la pétition qui a recueilli 50 000 signatures de salariés et plus de 90 000 d’usagers. Les syndicats ont lancé cet appel à la grève depuis la rentrée et de manière unitaire, ce qui encourage, on le sait, la mobilisation. La Poste a fait réaliser un sondage en interne il y a plus de dix jours, et comptait déjà quelque 36 % de grévistes. Rapporté à d’autres mouvements, c’est énorme.
Les conditions de travail se sont déjà beaucoup détériorées à La Poste et, avec elles, les missions de services publics. Comment expliquez-vous que la mayonnaise prenne cette fois-ci ?
Colette Duynslaeger. Les craintes que la privatisation accélère encore cette dégradation sont énormes. Et justifiées. La Poste est une entreprise de bas salaires. Beaucoup d’emplois sont précaires. Les contractuels craignent pour l’avenir car les ouvertures de capital se terminent toujours par des suppressions d’emplois. Et puis, cette fois-ci, les personnels se sentent soutenus par la population.
Justement, une des forces de ce mouvement est d’être porté par des syndicats unis mais aussi des associations, partis politiques et usagers. Est-ce important pour vous ?
Colette Duynslaeger. Très. Nous sommes en train de vivre un mouvement historique pour obtenir un débat public sur le statut de La Poste qui doit se terminer par un référendum. C’est la première fois qu’une mobilisation rassemble autant de diversité, syndicale avec l’engagement des fédérations et des confédérations, mais aussi politique avec tous les partis de gauche et citoyenne avec les associations d’usagers. Cette force, avant même la première date de grève, contraint le président de la République à être prudent.
Jean-Paul Bailly, le PDG de La Poste, explique que l’ouverture du capital est nécessaire pour obtenir les moyens de développer le service public postal. Pourquoi contestez-vous cette solution ?
Colette Duynslaeger. Une ouverture du capital se traduit inévitablement par une demande de dividende pour les actionnaires. À partir de là, les pressions sont énormes sur la masse salariale, le service rendu se détériore et les tarifs augmentent. On a déjà l’expérience avec France Télécom. Il n’y a pas besoin de privatiser. Toutes les activités de La Poste sont déjà libéralisées, sauf la lettre de moins de 50 grammes. Le fait que la concurrence s’exerce n’empêche pas l’entreprise d’être bénéficiaire. On nous dit qu’il faut trouver 3,5 milliards d’euros pour prendre des acquisitions dans les pays européens. Mais pourquoi les opérateurs devraient forcément s’affronter ? Nous, nous plaidons pour un développement de coopérations entre les pays qui réponde aux énormes besoins de communication. J’ajoute qu’aujourd’hui La Poste s’autogère. L’État a déjà ponctionné sur ses recettes 2 milliards d’euros pour financer la retraite des agents. Un autre milliard est supporté par La Poste qui finance le service universel comprenant de la présence postale, de l’aide presse ou de l’accessibilité bancaire et, pour la première fois en 2007, l’État a réclamé 241 000 euros de rémunération en tant qu’actionnaire.
Mais s’il y a de l’argent et qu’on ne privatise pas, on fait quoi ?
Colette Duynslaeger. Il y a beaucoup à changer pour améliorer le service et les conditions de travail du personnel. La vraie bonne idée, par exemple, serait de développer le réseau des bureaux qui rendent tous les services en même temps. Dans un autre domaine, on peut imaginer une coopération de La Poste avec le TGV qui permettrait au courrier posté le matin d’arriver le soir. Nous ne sommes pas pour le statu quo.
Entretien réalisé par Paule MASSON dans l'Humanité du 23 septembre 2008
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