Arrivée mouvementée de MOTLANTHE à la présidence
Afrique du Sud : Le Parlement doit désigner aujourd’hui le successeur de Thabo MBEKI, contraint à la démission. Plusieurs ministres ont décidé de quitter le gouvernement.
Le Parlement sud-africain devrait, sans surprise, élire aujourd’hui Kgalema Motlanthe à la tête de l’État, dans le respect de la Constitution. Il remplace Thabo Mbeki, contraint à la démission après que le Congrès national africain (ANC) lui a retiré sa confiance. Il est accusé, notamment, d’avoir influencé la justice contre Jacob Zuma qu’il ne voulait pas comme successeur. Il s’est joint à l’appel du procureur général contre un jugement qui a précipité sa chute, dans le cadre d’un procès pour corruption contre son rival Jacob Zuma, le chef du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir depuis la chute de l’apartheid, en 1994. Dans les attendus du jugement invalidant le dossier d’accusation contre Zuma pour vice de forme, le juge Chris Nicholson avait dénoncé, le 12 septembre, des « interférences politiques » auprès du procureur. Les - attendus du juge Nicholson sont « scandaleux et préjudiciables » et ont entaché sa réputation, en tant que personne privée et chef de l’État, fait valoir Thabo Mbeki dans une plainte déposée auprès de la Cour constitutionnelle. « Il est injuste que je sois jugé et condamné » sur la base de ces attendus, « qui ont conduit mon parti, l’ANC, à me rappeler », écrit-il. « Je crains que, si cette situation n’est pas rectifiée, je n’endure un préjudice plus élevé encore. »
Une population de plus en plus pauvre
Ce n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Depuis au moins 1996, l’Afrique du Sud a pris le parti économique d’une forme de néolibéralisme qui fait le bonheur des financiers internationaux et a rendu le ministre des Finances, Trevor Manuel, très populaire au sein du FMI et de la Banque mondiale. En Afrique du Sud même, c’est autre chose. La croissance enregistrée a surtout servi une bourgeoisie noire qui s’est rapidement enrichie alors que la majorité de la population, les Noirs, vit de plus en plus pauvrement. Dans le domaine politique, Thabo Mbeki, qui a succédé à Nelson Mandela, a dirigé le pays et l’ANC avec le caractère autoritaire qui est le sien mais, surtout, il s’est employé à écarter, à marginaliser les deux autres alliés de l’ANC, à savoir le Parti communiste sud-africain (SACP) et la centrale syndicale Cosatu. L’Alliance, comme on l’appelle en Afrique du Sud, ne vivait plus que sur le papier. La Cosatu, le SACP et l’aile gauche de l’ANC exprimaient surtout dans la rue leur opposition aux privatisations, à la montée du chômage… Les récentes émeutes dirigées contre les travailleurs immigrés (principalement du Zimbabwe et du Mozambique) ont également montré la fracture qui s’est amplifiée entre la base et le sommet de l’État sud-africain. Le secrétaire général de la Cosatu, Zwelinzima Vavi, observait récemment que si les bases organisées existent toujours dans les anciennes townships, en revanche le manque est criant s’agissant notamment des « squatters camps » où s’entassent les éléments les plus pauvres de la population. Or Thabo Mbeki n’a jamais voulu modifier sa ligne économique et a tenté de marginaliser ses opposants au sein de l’ANC. Lors du dernier congrès du mouvement, il a cependant été évincé.
Le SACP a reproché à Mbeki le ton employé et les propos tenus lors de son allocution, dimanche soir, qui viserait à provoquer une crise et à rendre coupable l’ANC. « Cela nous a montré les raisons pour lesquelles l’ANC a rappelé Mbeki, estime le Parti communiste. Double jeu, mépris pour les traditions ancestrales de l’ANC de direction collective et de respect de l’unité de l’organisation ont été la marque du président sortant. »
ZUMA refuse l’idée d’une crise
La vice-présidente Phumzile Mlambo-Ngcuka, dix ministres sur 29 et trois ministres adjoints ont remis leur démission au chef de l’État et quitteront le gouvernement en même temps que lui, aujourd’hui. Des annonces dont l’effet est toutefois limité. Ainsi, le ministre des Finances, Trevor Manuel, démissionnaire, a indiqué qu’il était prêt à reprendre du service dès vendredi ! « Ces démissions ne constituent pas une crise et il n’y a aucune raison de céder à la panique », a insisté le président de l’ANC, Jacob Zuma. « Les événements politiques en cours seront résolus bientôt et ne doivent pas perturber les services publics, a-t-il ajouté. Le nouveau président va pouvoir former bientôt un gouvernement parfaitement à même de servir la nation. »
Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 25 septembre 2008
Le Parlement sud-africain devrait, sans surprise, élire aujourd’hui Kgalema Motlanthe à la tête de l’État, dans le respect de la Constitution. Il remplace Thabo Mbeki, contraint à la démission après que le Congrès national africain (ANC) lui a retiré sa confiance. Il est accusé, notamment, d’avoir influencé la justice contre Jacob Zuma qu’il ne voulait pas comme successeur. Il s’est joint à l’appel du procureur général contre un jugement qui a précipité sa chute, dans le cadre d’un procès pour corruption contre son rival Jacob Zuma, le chef du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir depuis la chute de l’apartheid, en 1994. Dans les attendus du jugement invalidant le dossier d’accusation contre Zuma pour vice de forme, le juge Chris Nicholson avait dénoncé, le 12 septembre, des « interférences politiques » auprès du procureur. Les - attendus du juge Nicholson sont « scandaleux et préjudiciables » et ont entaché sa réputation, en tant que personne privée et chef de l’État, fait valoir Thabo Mbeki dans une plainte déposée auprès de la Cour constitutionnelle. « Il est injuste que je sois jugé et condamné » sur la base de ces attendus, « qui ont conduit mon parti, l’ANC, à me rappeler », écrit-il. « Je crains que, si cette situation n’est pas rectifiée, je n’endure un préjudice plus élevé encore. »
Une population de plus en plus pauvre
Ce n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Depuis au moins 1996, l’Afrique du Sud a pris le parti économique d’une forme de néolibéralisme qui fait le bonheur des financiers internationaux et a rendu le ministre des Finances, Trevor Manuel, très populaire au sein du FMI et de la Banque mondiale. En Afrique du Sud même, c’est autre chose. La croissance enregistrée a surtout servi une bourgeoisie noire qui s’est rapidement enrichie alors que la majorité de la population, les Noirs, vit de plus en plus pauvrement. Dans le domaine politique, Thabo Mbeki, qui a succédé à Nelson Mandela, a dirigé le pays et l’ANC avec le caractère autoritaire qui est le sien mais, surtout, il s’est employé à écarter, à marginaliser les deux autres alliés de l’ANC, à savoir le Parti communiste sud-africain (SACP) et la centrale syndicale Cosatu. L’Alliance, comme on l’appelle en Afrique du Sud, ne vivait plus que sur le papier. La Cosatu, le SACP et l’aile gauche de l’ANC exprimaient surtout dans la rue leur opposition aux privatisations, à la montée du chômage… Les récentes émeutes dirigées contre les travailleurs immigrés (principalement du Zimbabwe et du Mozambique) ont également montré la fracture qui s’est amplifiée entre la base et le sommet de l’État sud-africain. Le secrétaire général de la Cosatu, Zwelinzima Vavi, observait récemment que si les bases organisées existent toujours dans les anciennes townships, en revanche le manque est criant s’agissant notamment des « squatters camps » où s’entassent les éléments les plus pauvres de la population. Or Thabo Mbeki n’a jamais voulu modifier sa ligne économique et a tenté de marginaliser ses opposants au sein de l’ANC. Lors du dernier congrès du mouvement, il a cependant été évincé.
Le SACP a reproché à Mbeki le ton employé et les propos tenus lors de son allocution, dimanche soir, qui viserait à provoquer une crise et à rendre coupable l’ANC. « Cela nous a montré les raisons pour lesquelles l’ANC a rappelé Mbeki, estime le Parti communiste. Double jeu, mépris pour les traditions ancestrales de l’ANC de direction collective et de respect de l’unité de l’organisation ont été la marque du président sortant. »
ZUMA refuse l’idée d’une crise
La vice-présidente Phumzile Mlambo-Ngcuka, dix ministres sur 29 et trois ministres adjoints ont remis leur démission au chef de l’État et quitteront le gouvernement en même temps que lui, aujourd’hui. Des annonces dont l’effet est toutefois limité. Ainsi, le ministre des Finances, Trevor Manuel, démissionnaire, a indiqué qu’il était prêt à reprendre du service dès vendredi ! « Ces démissions ne constituent pas une crise et il n’y a aucune raison de céder à la panique », a insisté le président de l’ANC, Jacob Zuma. « Les événements politiques en cours seront résolus bientôt et ne doivent pas perturber les services publics, a-t-il ajouté. Le nouveau président va pouvoir former bientôt un gouvernement parfaitement à même de servir la nation. »
Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 25 septembre 2008
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