Autriche : Une nouvelle déferlante brune sanctionne la grande coalition
Autriche : Le mécontement populaire à l’égard des autorités sortantes, sur fond de reculs sociaux et de perte de pouvoir d’achat, a profité à l’extrême droite qui rafle près de 30 % des suffrages.
L’hebdomadaire autrichien Profil titrait hier son édition de la semaine en écriture gothique, avec un gigantesque « Sieg… » surmontant les portraits des deux leaders de l’extrême droite, Jörg Haider et Hans Christian Strache, vainqueurs du scrutin de dimanche. Ambiance. Les partis des deux dirigeants populistes et xénophobes portent en effet la mouvance brune autrichienne à un niveau record, à quelque 29 % des suffrages, au-delà des 26,6 % réalisés par le FPÖ de Haider en 1999 et des prévisions les plus pessimistes des sondages publiés la semaine passée.
Un discrédit, voire un « dégoût » de la politique
L’extrême droite était pourtant donnée moribonde au lendemain de sa scission en 2005, un groupe de dissidents emmené par Haider, désireux de poursuivre l’expérience de participation au gouvernement de l’ex-chancelier Wolfgang Schüssel, avait créé alors l’Alliance nationale pour l’Autriche (BZÖ). Tout juste parvenu à sauver les meubles lors des législatives de 2006 en franchissant de justesse la barre des 4 % qualificative pour une représentation à l’Assemblée nationale (nationalrat), le BZÖ triple ses voix et réalise cette fois plus de 11 % des suffrages. Quant aux continuateurs du FPÖ, ils font eux un bond de 7 points passant la barre des 18 %.
Toutes les autres formations de l’échiquier politique autrichien (Verts et communistes compris) sont en recul. Mais les deux grands partis, social-démocrate (SPÖ) et populaire (ÖVP), subissent les pertes les plus spectaculaires réalisant respectivement 29,7 % (- 6 %) et 25,6 % (- 9 %). Partenaires au sein d’une grande coalition gauche-droite, qui a finalement éclaté, il y a quelques semaines autour d’une querelle sur la mise en oeuvre d’une réforme fiscale, ils subissent le contrecoup du mécontentement populaire provoqué par la baisse du pouvoir d’achat et la précarisation - accentuée par la poursuite des réformes libérales -, des couches les plus pauvres jusqu’aux classes moyennes. Cette dégradation de la situation sociale a provoqué un vaste ressentiment qui se traduit par un discrédit, voire un « dégoût » (Verdrossenheit ) de la politique, selon l’expression utilisée par de nombreux commentateurs locaux. À environ 71 % la participation au scrutin est d’ailleurs significativement la plus faible jamais enregistrée depuis la guerre.
Un déferlement raciste antimusulman
Ce climat a été instrumentalisé par les démagogues de l’extrême droite qui ont prospéré en se livrant à une campagne essentiellement anti-immigrés et populiste. Et la surenchère entre les deux mouvements a conduit à un déferlement raciste antimusulman dviolence encore jamais atteinte. « Musulmans dehors », « l’Autriche aux autrichiens », « Non à l’islamisation de la société », tels étaient quelques-uns des mots d’ordre haineux qui ont souillé les murs des cités du pays pendant plusieurs semaines.
La percée de l’extrême droite et l’effondrement des partis traditionnels va transformer en véritable casse-tête la constitution d’une nouvelle coalition gouvernementale. Arrivé en tête, le SPÖ devrait, même s’il réalise son plus mauvais score depuis 1945, pouvoir revendiquer le poste de chancelier, le problème étant de savoir à qui son jeune leader, Werner Fayman, va pouvoir proposer de cogouverner le pays. Le plus jouable arithmétiquement serait la reconduction d’une grande coalition avec l’ÖVP. Mais il n’est pas sûr que les divergences apparues à la fin du printemps au sein d’une alliance du même type entre les mêmes partenaires puissent être surmontées.
De plus l’impopularité record du gouvernement sortant devrait fonctionner comme un facteur dissuasif aux yeux du nouveau dirigeant du SPÖ. Pour sauver les meubles de la social-démocratie, il a mené en effet une campagne, retrouvant parfois une posture plus radicale et plus à gauche. Mais il n’a pas hésité non plus à flirter ouvertement avec certains des thèmes populistes (anti-immigrés ou même anti-Europe) de l’extrême droite. Ce qui, selon certains observateurs, pourrait laisser ouverte, au cas où les négociations avec l’ÖVP échoueraient rendant impossible tout retour à la grande coalition, l’option d’un gouvernement SPÖ minoritaire mais « toléré » par le parti d’un certain… Jörg Haider.
Bruno ODENT dans l'Humanité du 30 septembre 2008
L’hebdomadaire autrichien Profil titrait hier son édition de la semaine en écriture gothique, avec un gigantesque « Sieg… » surmontant les portraits des deux leaders de l’extrême droite, Jörg Haider et Hans Christian Strache, vainqueurs du scrutin de dimanche. Ambiance. Les partis des deux dirigeants populistes et xénophobes portent en effet la mouvance brune autrichienne à un niveau record, à quelque 29 % des suffrages, au-delà des 26,6 % réalisés par le FPÖ de Haider en 1999 et des prévisions les plus pessimistes des sondages publiés la semaine passée.
Un discrédit, voire un « dégoût » de la politique
L’extrême droite était pourtant donnée moribonde au lendemain de sa scission en 2005, un groupe de dissidents emmené par Haider, désireux de poursuivre l’expérience de participation au gouvernement de l’ex-chancelier Wolfgang Schüssel, avait créé alors l’Alliance nationale pour l’Autriche (BZÖ). Tout juste parvenu à sauver les meubles lors des législatives de 2006 en franchissant de justesse la barre des 4 % qualificative pour une représentation à l’Assemblée nationale (nationalrat), le BZÖ triple ses voix et réalise cette fois plus de 11 % des suffrages. Quant aux continuateurs du FPÖ, ils font eux un bond de 7 points passant la barre des 18 %.
Toutes les autres formations de l’échiquier politique autrichien (Verts et communistes compris) sont en recul. Mais les deux grands partis, social-démocrate (SPÖ) et populaire (ÖVP), subissent les pertes les plus spectaculaires réalisant respectivement 29,7 % (- 6 %) et 25,6 % (- 9 %). Partenaires au sein d’une grande coalition gauche-droite, qui a finalement éclaté, il y a quelques semaines autour d’une querelle sur la mise en oeuvre d’une réforme fiscale, ils subissent le contrecoup du mécontentement populaire provoqué par la baisse du pouvoir d’achat et la précarisation - accentuée par la poursuite des réformes libérales -, des couches les plus pauvres jusqu’aux classes moyennes. Cette dégradation de la situation sociale a provoqué un vaste ressentiment qui se traduit par un discrédit, voire un « dégoût » (Verdrossenheit ) de la politique, selon l’expression utilisée par de nombreux commentateurs locaux. À environ 71 % la participation au scrutin est d’ailleurs significativement la plus faible jamais enregistrée depuis la guerre.
Un déferlement raciste antimusulman
Ce climat a été instrumentalisé par les démagogues de l’extrême droite qui ont prospéré en se livrant à une campagne essentiellement anti-immigrés et populiste. Et la surenchère entre les deux mouvements a conduit à un déferlement raciste antimusulman dviolence encore jamais atteinte. « Musulmans dehors », « l’Autriche aux autrichiens », « Non à l’islamisation de la société », tels étaient quelques-uns des mots d’ordre haineux qui ont souillé les murs des cités du pays pendant plusieurs semaines.
La percée de l’extrême droite et l’effondrement des partis traditionnels va transformer en véritable casse-tête la constitution d’une nouvelle coalition gouvernementale. Arrivé en tête, le SPÖ devrait, même s’il réalise son plus mauvais score depuis 1945, pouvoir revendiquer le poste de chancelier, le problème étant de savoir à qui son jeune leader, Werner Fayman, va pouvoir proposer de cogouverner le pays. Le plus jouable arithmétiquement serait la reconduction d’une grande coalition avec l’ÖVP. Mais il n’est pas sûr que les divergences apparues à la fin du printemps au sein d’une alliance du même type entre les mêmes partenaires puissent être surmontées.
De plus l’impopularité record du gouvernement sortant devrait fonctionner comme un facteur dissuasif aux yeux du nouveau dirigeant du SPÖ. Pour sauver les meubles de la social-démocratie, il a mené en effet une campagne, retrouvant parfois une posture plus radicale et plus à gauche. Mais il n’a pas hésité non plus à flirter ouvertement avec certains des thèmes populistes (anti-immigrés ou même anti-Europe) de l’extrême droite. Ce qui, selon certains observateurs, pourrait laisser ouverte, au cas où les négociations avec l’ÖVP échoueraient rendant impossible tout retour à la grande coalition, l’option d’un gouvernement SPÖ minoritaire mais « toléré » par le parti d’un certain… Jörg Haider.
Bruno ODENT dans l'Humanité du 30 septembre 2008
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