La CDC, un sas vers la privatisation de La Poste
Service public : L’entrée de la Caisse des dépôts dans le capital de La Poste, envisagée par le gouvernement, ne contredit pas l’objectif de privatisation.
Un itinéraire bis pour parvenir au même objectif de privatisation de La Poste : voilà comment les syndicats interprètent la « nouvelle » option envisagée hier par le premier ministre. Dans un entretien aux Échos, François Fillon affirme que la recherche de nouveaux financements pour le « développement » de l’entreprise publique « ne passe pas par la privatisation » et que, « parmi les options possibles, la Caisse des dépôts peut devenir partenaire stratégique de La Poste ».
Rien de très nouveau en fait puisque le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, avait déjà envisagé cette possibilité. Lors de la présentation de son projet fin août, il avait précisé qu’après la transformation de La Poste en société anonyme au 1er janvier 2010, l’ouverture et l’augmentation du capital en 2011 pourraient prendre diverses formes : soit l’entrée d’investisseurs institutionnels, seuls ou aux côtés d’investisseurs privés, soit la mise en Bourse. Jusqu’à présent, le dirigeant privilégiait cette seconde piste car elle permet le lancement d’un actionnariat salarié. Mais vu le nouveau contexte de crise financière et de défiance légitime envers la Bourse, le gouvernement est obligé de se replier sur l’autre piste, celle de l’entrée de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), établissement public, au capital de La Poste. En essayant au passage, pour répondre aux inquiétudes sur le service public postal, de faire croire qu’il s’agit là d’un renoncement à la privatisation. Hier, les trois syndicats de La Poste, CGT, SUD et FO, ont réagi dans le même sens : dans son interview, Fillon reste muet sur la question clé du statut de La Poste. C’est donc que le gouvernement maintient l’objectif de transformation en société anonyme et d’ouverture du capital, qui constitue bel et bien une privatisation, à laquelle ils s’opposent.
Confirmation par Jean-Philippe Gasparotto, représentant CGT à la CDC, pour qui le gouvernement veut faire jouer à la Caisse des dépôts le rôle d’« instrument de la privatisation » : « Le projet de Fillon est de transformer La Poste en société anonyme, puis d’utiliser la CDC comme sas transitoire vers la privatisation. Dans un premier temps, elle prendrait des participations dans La Poste, avant de céder ses parts sur le marché. » Dexia et Natixis, actuellement pris dans la tourmente financière, sont ainsi d’anciens pans de la CDC qui ont été privatisés. Et même en imaginant que la CDC conserve ses participations dans La Poste, le caractère public de l’établissement ne garantit pas le maintien des missions de service public. « En tant qu’actionnaire, la CDC exigera des rendements et de la rentabilité, comme n’importe quelle entreprise privée », fait valoir le syndicaliste. La CDC, qui a dégagé en 2007 2,5 milliards d’euros de bénéfices, est présente au capital de la quasi-totalité des entreprises du CAC 40, peu connues pour leur participation aux missions d’intérêt général.
Fanny DOUMAYROU dans l'Humanité du 2 octobre 2008
Un itinéraire bis pour parvenir au même objectif de privatisation de La Poste : voilà comment les syndicats interprètent la « nouvelle » option envisagée hier par le premier ministre. Dans un entretien aux Échos, François Fillon affirme que la recherche de nouveaux financements pour le « développement » de l’entreprise publique « ne passe pas par la privatisation » et que, « parmi les options possibles, la Caisse des dépôts peut devenir partenaire stratégique de La Poste ».
Rien de très nouveau en fait puisque le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, avait déjà envisagé cette possibilité. Lors de la présentation de son projet fin août, il avait précisé qu’après la transformation de La Poste en société anonyme au 1er janvier 2010, l’ouverture et l’augmentation du capital en 2011 pourraient prendre diverses formes : soit l’entrée d’investisseurs institutionnels, seuls ou aux côtés d’investisseurs privés, soit la mise en Bourse. Jusqu’à présent, le dirigeant privilégiait cette seconde piste car elle permet le lancement d’un actionnariat salarié. Mais vu le nouveau contexte de crise financière et de défiance légitime envers la Bourse, le gouvernement est obligé de se replier sur l’autre piste, celle de l’entrée de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), établissement public, au capital de La Poste. En essayant au passage, pour répondre aux inquiétudes sur le service public postal, de faire croire qu’il s’agit là d’un renoncement à la privatisation. Hier, les trois syndicats de La Poste, CGT, SUD et FO, ont réagi dans le même sens : dans son interview, Fillon reste muet sur la question clé du statut de La Poste. C’est donc que le gouvernement maintient l’objectif de transformation en société anonyme et d’ouverture du capital, qui constitue bel et bien une privatisation, à laquelle ils s’opposent.
Confirmation par Jean-Philippe Gasparotto, représentant CGT à la CDC, pour qui le gouvernement veut faire jouer à la Caisse des dépôts le rôle d’« instrument de la privatisation » : « Le projet de Fillon est de transformer La Poste en société anonyme, puis d’utiliser la CDC comme sas transitoire vers la privatisation. Dans un premier temps, elle prendrait des participations dans La Poste, avant de céder ses parts sur le marché. » Dexia et Natixis, actuellement pris dans la tourmente financière, sont ainsi d’anciens pans de la CDC qui ont été privatisés. Et même en imaginant que la CDC conserve ses participations dans La Poste, le caractère public de l’établissement ne garantit pas le maintien des missions de service public. « En tant qu’actionnaire, la CDC exigera des rendements et de la rentabilité, comme n’importe quelle entreprise privée », fait valoir le syndicaliste. La CDC, qui a dégagé en 2007 2,5 milliards d’euros de bénéfices, est présente au capital de la quasi-totalité des entreprises du CAC 40, peu connues pour leur participation aux missions d’intérêt général.
Fanny DOUMAYROU dans l'Humanité du 2 octobre 2008
Publicité