Riad EL MALKI : « Les Palestiniens sont déterminés à poursuivre les efforts de paix »
Proche-Orient : Entretien avec Riad EL MALKI, ministre des Affaires étrangères de l’Autorité nationale palestinienne, de passage à Paris.
Il y a un an, se tenait la conférence d’Annapolis qui, sous l’égide des États-Unis, devait aboutir à la conclusion d’un accord entre Israéliens et Palestiniens avant la fin du mandat de George W. Bush. De passage à Paris, Riad EL MALKI, ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, fait le bilan de ce processus et en dresse les perspectives.
Un an après la conférence d’Annapolis, qui devait aboutir à un accord sur la création d’un État palestinien avant la fin 2008, quel bilan faites-vous du processus ?
Riad El Malki. Le fait que nous ne soyons pas parvenus à la conclusion d’un accord de paix entre Israël et la Palestine jusqu’à aujourd’hui - et un accord fondé sur ce qui avait été arrêté à Annapolis - signifie que nous sommes dans une situation d’échec. Néanmoins, nous restons convaincus que le dialogue constitue la voie la plus sûre et la plus courte pour arriver à une solution de paix globale. Les Israéliens et les Palestiniens demeurent engagés en faveur de ce processus de négociations de paix, et cela bien au-delà de l’horizon 2008. Dans ce contexte, nous voulons que la communauté internationale nous assure qu’elle est disposée à poursuivre ses efforts jusqu’à ce que nous arrivions à un accord de paix. Je peux vous assurer que nous sommes, nous, partie palestinienne, déterminés à poursuivre ces efforts. Ce n’est plus aussi clair du côté de la partie israélienne depuis que Mme Livni a annoncé qu’elle avait échoué à constituer un gouvernement. Au cours de la période transitoire qui s’annonce, nous n’aurons pas à faire à un gouvernement israélien central, fort, à même de négocier. Nous ne savons pas non plus quelle sera la nature du prochain gouvernement israélien. Nous craignons que ces élections anticipées ne portent au pouvoir un gouvernement de droite qui ne serait pas engagé de la même manière en faveur du processus de négociation pour la paix avec les Palestiniens. Pour toutes ces raisons, nous appelons la communauté internationale à intervenir au cours de cette période délicate afin d’assurer la continuité des négociations.
Dans ce cadre, vous annoncez un certain nombre de démarches auprès du Brésil et de l’Union européenne notamment. Qu’en attendez-vous ?
Riad El Malki. Nous voudrions qu’ils définissent leur contribution directe au processus de négociation. Nous allons continuer d’en étudier la nature et les modalités avec la France, en tant que présidente de l’Union européenne, de la même manière que nous avons mené à bien une dynamique nouvelle avec le Brésil et d’autres pays en ce sens. Nous espérons une contribution plus directe, plus efficace de ces pays, particulièrement au cours de cette période transitoire délicate où nous allons être confrontés à un véritable vide du pouvoir en Israël.
Dans cette optique, quels seront les rendez-vous clés dans les prochains mois ?
Riad El Malki. Nous allons participer à la conférence ministérielle de l’Union pour la Méditerranée qui se tiendra le 3 et le 4 novembre, à Marseille. Nous recevons un certain nombre de responsables politiques en Palestine com- me nous multiplions les visites à l’étranger, afin de remobiliser la communauté internationale. Ainsi, dans les semaines qui viennent, nous allons nous rendre en visite à Moscou, je vais rencontrer mes homologues dans certaines capitales européennes, le premier ministre palestinien sera en visite à Paris le 13 novembre, et je vais réunir nos ambassadeurs présents dans les capitales européennes. Cela viendra s’ajouter aux différentes visites de certains homologues européens en Palestine. J’effectuerai aussi une nouvelle visite en Amérique latine en décembre prochain.
Où en est le dialogue avec le Hamas ?
Riad El Malki. Depuis le coup de force du Hamas, en juin dernier, nous pouvons dire que nous sommes aujourd’hui dans une situation où nous pouvons mettre fin à cette division interne. Cette opportunité nous a été offerte grâce à une médiation arabe et par le biais d’un dialogue qui inclut toutes les sensibilités politiques palestiniennes, y compris le Hamas. C’est la première fois en quinze mois que nous avons une telle opportunité d’un dialogue sérieux. Nous sommes très mobilisés pour sa réussite et espérons trouver le même état d’esprit du côté du Hamas.
À quelques jours de l’élection américaine, la perspective d’une victoire de Barack Oba- ma représente-t-elle un espoir ?
Riad El Malki. Oui, tout à fait. Après avoir reçu Barack Obama à Ramallah, nous avons beaucoup d’espoir qu’une administration Oba- ma, s’il était élu, serait porteuse de changement et permettrait d’accélérer le processus de négociation. Nous espérons aussi qu’Obama permettra à d’autres pays d’y participer plus pleinement.
S’agissant de Salah Hammouri, ce jeune Franco-Palestinien emprisonné en Israël depuis 2005, comment voyez-vous la suite de la mobilisation pour sa libération ?
Riad El Malki. Nous suivons ce dossier et sommes heureux de voir qu’un comité de soutien a été créé sous l’égide de sénateurs français. Nous voulons rencontrer les membres de ce comité qui pourrait jouer un rôle très important car il nous conforte dans notre position, et il est susceptible d’exercer davantage de pression sur les autorités françaises pour qu’elles accélèrent leur traitement de cette affaire qui doit se dénouer avec la libération de Salah Hammouri.
Entretien réalisé par Charlotte BOZONNET et paru dans l'Humanité du 28 octobre 2008
Il y a un an, se tenait la conférence d’Annapolis qui, sous l’égide des États-Unis, devait aboutir à la conclusion d’un accord entre Israéliens et Palestiniens avant la fin du mandat de George W. Bush. De passage à Paris, Riad EL MALKI, ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, fait le bilan de ce processus et en dresse les perspectives.
Un an après la conférence d’Annapolis, qui devait aboutir à un accord sur la création d’un État palestinien avant la fin 2008, quel bilan faites-vous du processus ?
Riad El Malki. Le fait que nous ne soyons pas parvenus à la conclusion d’un accord de paix entre Israël et la Palestine jusqu’à aujourd’hui - et un accord fondé sur ce qui avait été arrêté à Annapolis - signifie que nous sommes dans une situation d’échec. Néanmoins, nous restons convaincus que le dialogue constitue la voie la plus sûre et la plus courte pour arriver à une solution de paix globale. Les Israéliens et les Palestiniens demeurent engagés en faveur de ce processus de négociations de paix, et cela bien au-delà de l’horizon 2008. Dans ce contexte, nous voulons que la communauté internationale nous assure qu’elle est disposée à poursuivre ses efforts jusqu’à ce que nous arrivions à un accord de paix. Je peux vous assurer que nous sommes, nous, partie palestinienne, déterminés à poursuivre ces efforts. Ce n’est plus aussi clair du côté de la partie israélienne depuis que Mme Livni a annoncé qu’elle avait échoué à constituer un gouvernement. Au cours de la période transitoire qui s’annonce, nous n’aurons pas à faire à un gouvernement israélien central, fort, à même de négocier. Nous ne savons pas non plus quelle sera la nature du prochain gouvernement israélien. Nous craignons que ces élections anticipées ne portent au pouvoir un gouvernement de droite qui ne serait pas engagé de la même manière en faveur du processus de négociation pour la paix avec les Palestiniens. Pour toutes ces raisons, nous appelons la communauté internationale à intervenir au cours de cette période délicate afin d’assurer la continuité des négociations.
Dans ce cadre, vous annoncez un certain nombre de démarches auprès du Brésil et de l’Union européenne notamment. Qu’en attendez-vous ?
Riad El Malki. Nous voudrions qu’ils définissent leur contribution directe au processus de négociation. Nous allons continuer d’en étudier la nature et les modalités avec la France, en tant que présidente de l’Union européenne, de la même manière que nous avons mené à bien une dynamique nouvelle avec le Brésil et d’autres pays en ce sens. Nous espérons une contribution plus directe, plus efficace de ces pays, particulièrement au cours de cette période transitoire délicate où nous allons être confrontés à un véritable vide du pouvoir en Israël.
Dans cette optique, quels seront les rendez-vous clés dans les prochains mois ?
Riad El Malki. Nous allons participer à la conférence ministérielle de l’Union pour la Méditerranée qui se tiendra le 3 et le 4 novembre, à Marseille. Nous recevons un certain nombre de responsables politiques en Palestine com- me nous multiplions les visites à l’étranger, afin de remobiliser la communauté internationale. Ainsi, dans les semaines qui viennent, nous allons nous rendre en visite à Moscou, je vais rencontrer mes homologues dans certaines capitales européennes, le premier ministre palestinien sera en visite à Paris le 13 novembre, et je vais réunir nos ambassadeurs présents dans les capitales européennes. Cela viendra s’ajouter aux différentes visites de certains homologues européens en Palestine. J’effectuerai aussi une nouvelle visite en Amérique latine en décembre prochain.
Où en est le dialogue avec le Hamas ?
Riad El Malki. Depuis le coup de force du Hamas, en juin dernier, nous pouvons dire que nous sommes aujourd’hui dans une situation où nous pouvons mettre fin à cette division interne. Cette opportunité nous a été offerte grâce à une médiation arabe et par le biais d’un dialogue qui inclut toutes les sensibilités politiques palestiniennes, y compris le Hamas. C’est la première fois en quinze mois que nous avons une telle opportunité d’un dialogue sérieux. Nous sommes très mobilisés pour sa réussite et espérons trouver le même état d’esprit du côté du Hamas.
À quelques jours de l’élection américaine, la perspective d’une victoire de Barack Oba- ma représente-t-elle un espoir ?
Riad El Malki. Oui, tout à fait. Après avoir reçu Barack Obama à Ramallah, nous avons beaucoup d’espoir qu’une administration Oba- ma, s’il était élu, serait porteuse de changement et permettrait d’accélérer le processus de négociation. Nous espérons aussi qu’Obama permettra à d’autres pays d’y participer plus pleinement.
S’agissant de Salah Hammouri, ce jeune Franco-Palestinien emprisonné en Israël depuis 2005, comment voyez-vous la suite de la mobilisation pour sa libération ?
Riad El Malki. Nous suivons ce dossier et sommes heureux de voir qu’un comité de soutien a été créé sous l’égide de sénateurs français. Nous voulons rencontrer les membres de ce comité qui pourrait jouer un rôle très important car il nous conforte dans notre position, et il est susceptible d’exercer davantage de pression sur les autorités françaises pour qu’elles accélèrent leur traitement de cette affaire qui doit se dénouer avec la libération de Salah Hammouri.
Entretien réalisé par Charlotte BOZONNET et paru dans l'Humanité du 28 octobre 2008
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