L'article 17 ou "Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée"

Publié le par Jihad WACHILL

Etrange atmosphère sociale en France : d'un côté, le pouvoir sarkozien accentue sa politique de contre-révolution sociale, attaquant simultanément l'ensemble des droits du travail. De l'autre, les confédérations syndicales (et particulièrement la CGT dont les dirigeants se disent "floués" par le gouvernement), qui semblent découvrir la "duplicité"  du Président de la République et de ses ministres...Thibault comme Chérèque se sentent comme "trahis" par le gouvernement ! Pensez donc : ils n'avaient qu'entrouvert la porte des discussions au niveau de l'entreprise (à titre "expérimental"), et le pouvoir l'a ouverte toute grande !

Mais qu'attendaient donc les leaders confédéraux en signant avec le Medef, la "position commune" sur la "représentativité syndicale" ? Un meilleure prise en compte du poids réel de la CGT et de la CFDT ?
Comme si l'opposition Capital-Travail  n'était pas l'expression d'un rapport de force entre les salariés et le patronat, exprimé dans les lutttes ! L'objectif des signataires syndicaux de la "position commune" n'était-il pas plutôt de substituer aux luttes la "négociation" entre "gens responsables", entre "partenaires",  dans le charme discret des bureaux directoriaux ? Cette thèse ne reçoit-elle pas confirmation du fait que les confédéraux CGT et CFDT se soient référés à la position exprimée par Laurence Parisot (celle-ci "regrettant" que le gouvernement ait utilisé l'accord syndicat-patronat pour légiférer plus avant).

Thibault s'est élevé avec force contre "le procédé", "la manière d'agir" de Xavier Bertrand, sans faire de l'objectif gouvernemental - la liberté accordée aux chefs d'entreprise de décider souverainement de l'amplitude du temps de travail qu'ils voudront imposer aux salariés - l'essentiel de sa "colère".

Les dirigeants de la CGT semblent découvrir tout à coup les visées de Sarkozy à l'encontre du monde du travail. Accordons au secrétaire général de la confédération ouvrière une constance en la matière. Dès le mois de juin 2007, quelques jours après l'élection du président de la République, Thibault, reçu par Sarkozy, déclarait qu'avant toute chose, il lui fallait connaître les "intentions" de l'hôte de l'Elysée. Comme si celui-ci n'avait pas, dans sa politique antérieure et au cours de la campagne électorale, été suffisamment clair sur ses orientations ...
De même, Thibault, toujours lui, ne s'était-il pas rendu auprès de Sarkozy, au soir du premier jour de la grève reconductible des cheminots, en novembre 2007, pour "négocier" en lieu et place des intéressés, alors que la mobilisation n'avait jamais été aussi forte (davantage qu'en 1995 !).

Cette volonté d'éviter à tout prix l'épreuve de force s'était déjà exprimée en 2003, alors que des millions de fonctionnaires étaient en grève pour la défense de leurs retraites. "Je ne suis pas là pour paralyser le pays !" avait déclaré le numéro 1 de la CGT.

Et depuis, la direction confédérale de Montreuil s'est évertuée à éviter à tout prix la convergences des luttes. Les objectifs des grèves et manifestations ont été toujours limités à une revendication, puis à une autre, sans jamais tendre à faire rejoindre les mécontentements. Le résultat s'est concrétié par l'échec des actions entreprises. A chaque fois, le gouvernement a marqué un point, puis un autre, avançant méthodiquement dans son plan de casse généralisée de la législation sociale, semant le trouble et le sentiment d'impuissance chez les salariés.

On peut se demander pourquoi Thibault et les autres dirigeants de la CGT persévérent dans cette stratégie désastreuse. (On ne se pose plus la question pour Chérèque : on connaît la réponse !). On peut avancer l'idée de leur renoncement à toute perspective révolutionnaire à laquelle ils ne croient plus. On peut envisager des raisons plus sordides, telle la seule perspective d'être intégrés dans "l'élite" qui nous gouverne, de "compter" parmi les personnalités de premier plan, dans la vie politique de notre pays.

Ces explications ont certainement une part de vérité. Mais l'essentiel n'est-il pas le ralliement idéologique de ces "dirigeants ouvriers" à l'économie de marché, à la construction européenne, au régime capitaliste auquel ils ne voient plus d'alternative. Autrement dit, il faut se faire une place au sein de cette société, ne pas la mettre en cause par des risques d'affrontement social, et gérer le tout au mieux de ses intérêts.

Mais reste une question, la question fondamentale, les salariés, les militants d'entreprises qui prennent les coups les plus durs, qui sont les victimes de la politique sarkozienne, quand agiront-ils ensemble pour imposer à LEUR organisation syndicale, l'orientation et les dirigeants  qu'ils méritent ?

Jean LEVY (anc. Resp CGT des banques, 94) sur son blog (http://canempechepasnicolas.over-blog.com)
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J
Cette critique développée par Jean LEVY a connu entretemps un ajout de sa part, d'autant plus intéressante qu'elle est ancrée dans les réalités actuelles des relations de travail dans les entreprises (particulièrement des PME), ajout que je retranscris ici:<br /> <br /> L'article 17 stipule donc :<br /> "Des accords d'entreprise conclus avec des organisations syndicales représentatives et ayant recueilli la majorité absolue des voix aux élections des représentants du personnel peuvent dès à présent, à titre expérimental, préciser l'ensemble des conditions qui seront mises en oeuvre pour dépasser le contingent conventionnel d'heures supplémentaires prévu par un accord de branche antérieur à la loi du 4 mai 2004, en fonction des conditions économiques dans l'entreprise et dans le respect des dispositions légales et des conditions de travail et de vie qui en découlent. Les entreprises transmettront les accords qu'elles auront conclus dans le cadre du présent article à la branche dont elles relèvent, lesquelles en feront une évaluation paritaire".<br /> <br /> La CGT n'ignore pourtant pas que dans plus de 80% des PME, les directions n'ont, face à elles, ni organisations syndicales, ni représentants du personnel. Pour la bonne raison que les patrons font obstacle par tous les moyens à la mise en place de syndicats - surtout ceux de la CGT - dans leurs entreprises, y compris par le licenciement de tout salarié qui aurait l'audace de vouloir implanter une organisation syndicale. Cette menace constitue "l'arme absolue" qui conduit au désert syndical dans la majorité des petites "boites". Et quand il y a des "élus", ce sont, pour le plus grand nombre d'entre eux, que des "créatures" ou des "potiches" aux ordres des patrons. Donc, ceux-ci obtiennent, avec l'article 17, une marge de manoeuvre considérable pour imposer les horaires, les heures sup', l'annualisation du travail qui leur procureront le maximum de profits. La CGT (et la CFDT) ont ainsi ouvert la boite de pandore au patronat. Mais cela ne suffisait pas au gouvernement.<br /> <br /> Fillon, Xavier Bertrand et Sarkozy ont profité de cette brêche ouverte dans la législation sociale pour s'y engouffrer. Et de préparer une loi qui devrait permettre d'aller au-delà de "l'expérimentation" prévue par le fameux article 17 de la "position commune". Le pouvoir veut donner à toutes les entreprises la possibilité, sous réserve de l'approbation de syndicats-maison, de décider de l'horaire effectif (jusqu'à 48 heures par semaine !) et de l'annualisation du travail. Il leur faudra, en outre, obtenir le feu vert de 30% du personnel. Le marché qui est offert aux travailleurs, se résume en une phrase lapidaire : "Acceptez l'oukase patronal ou c'est "la porte". De plus, de nombreux salariés sont en CDD, ce qui les rend encore plus vulnérables.<br /> <br /> Face à cette attitude gouvernementale, se sentant "floués", la CGT et la CFDT crient à la trahison :"Nous n'avons pas voulu cela !". Sans doute. Mais à qui la faute ? Qui obligeait les confédérations à accepter l'article 17, en dérogation des actuelles dispositions légales ? Elles sont entrées dans le jeu patronal pour montrer leur "capacité de négocier", d'être des organisations "responsables". Cela s'appelle (oh le vilain mot !), de la "collaboration de classe".<br /> <br /> Cet épisode exprime clairement l'évolution réformiste de la CGT et ses désastreuses conséquences pour les salariés. Puissse-t-il ouvrir les yeux des militants qui se battent quotidiennement sur le terrain : Bernard Thibault et consorts se font les complices du Capital, qui trouve en eux d'excellents "partenaires". Les patrons, Sarkozy lui-même, ne cachent plus l'admiration qu'ils ont pour le "courage" des dirigeants de la CGT pour leur conversion idéologique.<br /> <br /> Raison de plus de changer de dirigeants.<br /> <br /> Il est grand temps.
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