Si le sel perd sa saveur...
Après l’Italie, qui a rendu le pouvoir à Berlusconi, l’Angleterre a offert une large victoire aux " tories " dont le chef de file a conquis Londres à coups de blagues racistes. Qu’elle est belle, cette Europe de la constitution " bis " que Delanoë, Buffet, Besancenot, Laguiller, Thibault et autres Aschiéri nous appellent en chœur à " réorienter dans un sens progressiste " !
La réalité, c’est que face à la crise de la mondialisation capitaliste -qui n’apporte aux peuples que contre-réformes et émeutes de la faim-, face au rejet populaire exprimé par les Non français et hollandais de 2005, face au renouveau du combat de classe que signe la victoire des ouvriers roumains de Renault-Dacia, l’Europe du capital se fascise à grands pas. En témoigne l’entreprise pan-européenne de chasse aux sorcières et de réécriture antisoviétique de l’histoire. Ce ne sont pas les attaques du " brunissant " Sarkozy contre le droit de grève ou son indécente traque aux sans-papiers, qui nuanceront ce sombre tableau !
De la mutation à la fascisation
Ce glissement à droite du continent (Espagne exceptée pour l’instant ?) a commencé par la lente autodestruction des PC d’Europe ; la dérive " eurocommuniste " (PCI, PCF, PCE) des années 70 a précédé, accompagné et suivi la liquidation gorbatchevienne du camp socialiste. Depuis 30 ans, sous couvert de modernisation, nombre de PC d’Europe, PCF inclus (l’abandon de la dictature du prolétariat date de 76), ont noyé leur vin léniniste dans l’eau de rose social-démocrate. Sous prétexte de se déstaliniser, ils se sont dé-salinisés. La " mutation génétique " du PCI a abouti à sa liquidation en 89. Rifondazione comunista s’est alors formé sur des bases confuses, en s’ouvrant au trotskisme et au " mouvementisme ". Sous l’impulsion de Bertinotti, par ailleurs président du Parti de la Gauche Européenne, le PRCI a appuyé le gouvernement réactionnaire de Prodi, se discréditant aux yeux des travailleurs. Le Parti Démocrate italien issu de l’ex-PCI ne se réfère plus à la gauche mais à… Kennedy ! Résultat : cette gauche complexée n’a pas pesé lourd face au libéral-fascisme du mussolinien G. Fini (préfacier italien des livres de Sarkozy) et de Berlusconi: plus un seul député communiste ne siègera donc au parlement italien, et le fasciste Allemanno parade désormais à la mairie de la Rome !
Bref, loin de favoriser l’émergence d’une " gauche moderne ", la dérive anti-léniniste des PC " eurocommunistes " aura surtout permis à la social-démocratie de se droitiser pendant que la droite classique s’alignait sur les thèmes de l’extrême droite (pour obtenir 30 % des voix au 1er tour, Sarkozy a dû s’emparer des thèmes traditionnels de Le Pen).
Refuser la " repentance " communiste
Le glissement à droite et à l’ultra droite de l’Europe, la répression anticommuniste et l’américanisation du système politique (alternance entre partis de droite) sont donc l’effet différé du révisionnisme idéologique dans le mouvement communiste. En Europe, cette américanisation passe par la fascisation politique car la gauche et les communistes y restent idéologiquement forts, l’affrontement de classes potentiellement explosif (grèves dures en Allemagne, en Grèce, au Portugal ou lutte anti-CPE en France), et le glissement à droite encore fragile, car obtenu de manière artificielle par la trahison des états-majors politiques et syndicaux d’ " opposition ". Le spectre du combat de classe continue de hanter l’Europe contre-révolutionnaire de Maastricht, comme celui de 1793 hantait l’Europe de Metternich sous la Restauration monarchique
Pourtant, le prochain congrès du PCF n’aura pas à son menu la révolution mais… la " rupture avec la matrice du congrès de Tours " ! Pourtant, la Ligue " communiste révolutionnaire " de Besancenot s’apprête courageusement à abandonner ces adjectifs compromettants pour se rebaptiser " nouveau parti anticapitaliste "… De tels reniements préparent la voie à la répression anticommuniste en France ; elles poussent à droite le PS, qui se réclame désormais ouvertement du capitalisme " social " (récente déclaration Hollande-Bergougnioux), voire du " libéralisme " (Delanoe).
Pourtant, les Thibault, Aschiéri et Cie (sans parler du jaunissant Chérèque) refusent de fédérer les luttes contre la rupture sarkozyste ; ils préfèrent signer des textes sur le dialogue social ou la représentativité syndicale au risque de cautionner un gouvernement de briseurs de grève ! Pourtant, faute d’un PC appelant les salariés, les jeunes et les petits entrepreneurs (pêcheurs, artisans, paysans) à s’unir contre le grand capital, la colère sociale est privée de perspective politique !
" Si le sel perd sa saveur, dit l’Evangile, qui la lui rendra ? Si les communistes se dé-communisent, si les états-majors CGT et FSU se " CFDTisent ", comment s’étonner que le PS, qui ne demande que ça, se " libéralise "… pendant que l’UMP se fascise avec délectation ? Tant que face à la droite dure, nous n’aurons qu’une " gauche " sarkollaboratrice, que des chefs syndicaux décaféinés et qu’un PCF " repentant ", l’ultra-droite aura carte blanche pour casser notre pays.
Communistes, syndicalistes de lutte, républicains, tout dépend d’abord de nous.
Communistes de tous pays, activons la renaissance du Mouvement communiste international !
Syndicalistes, pour l’honneur de la CGT et de la FSU, dressons-nous contre les capitulards !
Militants vraiment communistes, encore membres du PCF, " sans carte " ou organisés à l’extérieur du PCF, bousculons les chapelles et les " chefs " pour aller ensemble aux luttes indépendamment de Mme Buffet, l’accompagnatrice internationale de Sarkozy ! Multiplions les prises de position communes pour peser ensemble sur le prochain congrès du PCF et préparer la reconstruction unitaire du vrai parti communiste en 2009 !
Il y va de la dignité de la classe ouvrière et de la nation, menacée de mort par Sarkozy et par ses complices de l’UMPS.
L'éditorial du numéro de juin-juillet d'Initiative communiste par Georges GASTAUD