Pour que l’été porte ses fruits
Sale temps sur les étals. Les températures sont basses et les prix trop hauts. Il n’y a que les étiquettes qui exultent. Les abricots sont plus chers de 50 % sur l’an dernier. Les intempéries du printemps ont froissé les fleurs, bien entendu, mais cela ne suffit pas à expliquer une hausse de 6 % des prix alimentaires durant l’année passée. Même quand les récoltes sont abondantes, les consommateurs n’en profitent guère tandis que les producteurs, paradoxalement, en pâtissent, étranglés par les centrales d’achat des grandes surfaces. Le melon leur est acheté 75 centimes pour être vendu trois fois plus cher. Miracle de la multiplication…
Le gouvernement se contente de lancer des opérations de communication successives, une fois à propos de la loi Chatel, une autre de la loi de modernisation économique, ou encore par des ventes au déballage les prochains week-ends, mais la facture reste la même pour les Français. Et seules les grosses légumes de la distribution y trouvent leur compte.
Les salaires sont bloqués, les retraites peinent à suivre et le panier de la ménagère s’allège tandis que de sages campagnes de prévention enjoignent chacun à manger cinq fruits par jour. Il faut garder le sens de l’humour quand on nous prend pour des poires…
Aujourd’hui, plus de 60 tonnes de fruits et légumes vont être vendues à leur juste prix dans quarante villes de la région parisienne par les militants communistes et les syndicalistes paysans du Modef. Manifestation de solidarité à destination des familles modestes, cette vente est une démonstration grandeur nature qu’allégés des prélèvements des multinationales, les prix des fruits et légumes peuvent rester rémunérateurs pour leurs producteurs et bon marché pour les consommateurs. C’est donc un acte d’accusation pour la politique d’un président de la République qui avait promis d’être l’élu du pouvoir d’achat et qui n’est plus que celui des super-profits ou de la guerre américaine en Afghanistan. Il est loin le candidat qui promettait d’aller chercher un point de croissance avec les dents ! Nicolas Sarkozy fourbit quelques artifices pour la rentrée et fait provision de poudre aux yeux, mais il ne s’engage pas dans une politique de relance alliant une hausse de la consommation et l’investissement dans les activités productives ou de recherche. Elle seule pourtant redonnerait de la pêche à une croissance anémiée par la crise du capitalisme financiarisé et une politique nationale d’écrasement de la rémunération du travail.
Déjà, la complainte de la crise inéluctable, de la fatalité planétaire de la rigueur a été entonnée par les chroniqueurs courtisans. Les patrons du CAC 40, solidement assis sur leurs salaires et leurs dividendes, se préparent à promettre du « sang et des larmes » à leurs salariés. Les critères de déficit réclamés par Bruxelles seront invoqués ; les ministres rivaliseront pour réduire les dépenses d’utilité générale… Si les uns et les autres ont le champ libre. Il paraît cependant qu’à la mi-septembre ? à La Courneuve, plusieurs centaines de milliers de personnes vont se concerter pour leur mettre des bâtons dans les roues.
Une Fête de l’Humanité qui peut porter des fruits…
L'éditorial de l'Humanité du 21 août 2008 par Patrick APEL-MULLER