Michel Barnier vante l’agriculture sans la défendre

Publié le par Jihad WACHILL

Paysans : Le conflit reste latent sur le prix du lait. Les éleveurs de moutons sont étranglés. Mais le ministre de l’Agriculture louvoie, dans le cadre de la présidence française de l’UE.

Président en exercice des conseils agricoles européens jusqu’au mois de décembre, Michel Barnier pratique un activisme tous azimuts dans le seul but de parvenir à un consensus mou sur les dossiers agricoles européens d’ici la fin de l’automne. Jouant l’esquive face aux objectifs ultralibéraux de la commissaire européenne Mariann Fischer Boel et des ministres les plus en pointe pour liquider ce qui reste de la politique agricole commune, le ministre français de l’Agriculture vient d’entamer un cycle de conférences pour dialoguer avec les jeunes sur le thème « agriculture, sécurité alimentaire, Europe ».

Faute d’avancer des propositions susceptibles d’améliorer le sort des éleveurs de moutons, victimes de la concurrence ruineuse des pays de l’hémisphère Sud, il réunit aujourd’hui à - Limoges les ministres européens de l’Agriculture les plus concernés par le sujet avec Mariann Fischer Boel.

Après avoir botté en touche en insistant sur le « caractère privé » du conflit sur le prix du lait entre les producteurs bretons et Entremont-Alliance, le ministre devrait se faire interpeller sur le Salon international de l’élevage qui se déroule du 9 au 12 septembre à Rennes. Car ce conflit a montré à quel point la production agricole ne fait pas bon ménage avec l’économie libérale. Après trois années successives de baisse du prix du litre payé aux producteurs, les transformateurs manquaient de lait en 2007. Les recommandations de hausses des prix faites à partir de l’automne par l’interprofession laitière permettaient de relancer la production. De nombreux éleveurs avaient alors maintenu en production des vaches dites de réforme, promises à l’abattoir. De plus, une autorisation provisoire de dépassement de quotas donnée aux éleveurs pour la fin de campagne 2007-2008 faisait remonter la production plus rapidement que prévu (1).

Membre de la Confédération paysanne et producteur de lait dans les Côtes-d’Armor, Jean-Marc Thomas affirme que cette « allocation provisoire » a été trop forte en volume, ce que son syndicat avait redouté et critiqué dès décembre 2007. Car la hausse du prix du lait a renchéri le prix de revient des produits basiques comme l’emmenthal d’entrée de gamme, le beurre et la poudre de lait qui sont les principales activités d’Entremont-Alliance en Bretagne. Après avoir triplé ses profits en 2007 par rapport à 2006, Entremont-Alliance voulait faire aussi bien en 2008. Mais la reconstitution des stocks de poudre de lait a fait baisser de 30 % le prix de ce produit transformé en l’espace de quelques semaines. D’où le refus d’appliquer la recommandation interprofessionnelle par la firme qui compte Albert Frère parmi ses actionnaires.

La mobilisation des éleveurs de la FNSEA et de Jeunes agriculteurs a fait - céder Entremont-Alliance. Mais la recommandation interprofessionnelle sur la fixation du prix du lait a été dénoncée dès le mois de mai par la Direction générale de la concurrence sous tutelle de Bercy.

Moins d’un an après le Grenelle de l’environnement, la volonté du gouvernement de faire baisser le prix du lait s’avère être une faute politique, une erreur économique et une prise de risque écologique. La faute politique est de croire que les paysans continueront de produire du lait pour un marché dérégulé avec des revenus irréguliers dans un métier soumis à de fortes - astreintes. L’erreur économique consiste à rechercher des baisses de prix à la production sans effet sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Le risque écologique viendra du fait que la pression permanente sur le prix du lait conduira à l’abandon progressif de sa production dans les zones herbagères de moyenne montagne et de bocage au profit des concentrations d’élevages polluants de vaches laitières nourries à l’auge à proximité des ports pour réduire de prix du soja transgénique importé du continent américain. Avec, au passage, la perte de fromages en AOC produits essentiellement dans les zones de montagne.

(1) L’année laitière court du 1er avril au 31 mars depuis la mise en place des quotas en 1984.

Gérard LE PUILL dans l'Humanité du 5 septembre 2008
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Publié dans France - Agriculture

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