Jean-Michel LEMETAYER : « On ne peut pas fixer le prix du lait tous les deux jours »

Publié le par Jihad WACHILL

Jean-Michel LEMETAYER, président de la FNSEA, souhaite un débat au plus haut niveau sur l’avenir de l’agriculture en Europe.

Quelles conclusions tirez-vous du récent conflit entre Entremont-Alliance et les producteurs de lait bretons ?

Jean-Michel Lemétayer. Ce conflit n’avait pas lieu d’être et la DGCCRF a commis une faute en s’en prenant à l’interprofession laitière qui joue son rôle de fournisseur d’indications sur l’évolution du marché des produits laitiers. D’ailleurs le ministre de l’Agriculture a déposé un mémorandum auprès de la Commission européenne pour souligner l’utilité des interprofessions. Entremont a cru pouvoir se précipiter dans la brèche en rompant avec la recommandation que cette entreprise avait approuvée précédemment. Dès lors les producteurs se sont mobilisés et Entremont a fini par céder.

Mais l’accord ne vaut que de juillet à septembre. Qu’en sera-t-il après ?

Jean-Michel Lemétayer. Les producteurs ont besoin de visibilité. On ne peut pas changer le prix du lait tous les deux jours en fonction du prix de la poudre ou du beurre sur les marchés internationaux. La direction de la concurrence va devoir en tenir compte et préciser ce qui est possible en termes de contractualisation. Nous ne pouvons pas être à la merci des distributeurs qui exerceraient une pression de plus en plus forte sur les transformateurs, lesquels nous feraient payer la facture alors que nous sommes aussi dépendants des hausses de l’énergie, des engrais, du carburant. Ce conflit a montré qu’il faut tout faire pour éviter la dérégulation dans la filière laitière. Il faut donc maîtriser l’offre. Soit par le maintien des quotas, soit par un autre mécanisme.

Vous présidez le Salon international de l’élevage qui se tient du 9 au 12 septembre à Rennes. Où en sont les filières animales ?

Jean-Michel Lemétayer. Après une phase difficile due aux hausses de prix des aliments, les choses s’améliorent un peu pour les porcs, la volaille, les bovins à viande. La situation reste difficile pour les jeunes bovins maigres dont les exportations ont été perturbées et réduites depuis un an en raison de la fièvre catarrhale. Les marchés étant ce qu’ils sont, il sera difficile d’avoir des prix nettement plus rémunérateurs. En réalité, les compensations européennes ne sont plus suffisantes dans le secteur de l’élevage depuis la flambée des cours des céréales et des protéagineux.

Qu’attendez-vous de la présidence française de l’Union européenne ?


Jean-Michel Lemétayer. Je lui demande depuis le - début de cette année 2008 qu’elle engage au plus haut niveau un débat qui trouve sa traduction dans un texte européen d’orientation fixant les missions de l’agriculture. On ne peut évoquer l’après 2013 sans parler de souveraineté ou d’indépendance alimentaire, peu importe le mot, dans des secteurs comme la production de viande et de graines oléagineuses et protéagineuses. J’aimerais que l’on nous dise enfin : voilà ce qu’on attend de l’agriculture et voilà les moyens que nous allons lui donner pour remplir ses missions sur le plan économique, social et environnemental.

Propos recueillis par Gérard LE PUILL dans l'Humanité du 5 septembre 2008
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Publié dans France - Agriculture

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