Afghanistan : Une nouvelle « bavure » qui discrédite Washington et l’OTAN

Publié le par Jihad WACHILL

Que valent la vie des femmes et des enfants afghans ? Quel est le nombre exact de victimes civiles du bombardement de la coalition qui a frappé jeudi le village d’Azizabad dans l’ouest du pays ? Soixante-seize comme on le disait dans les heures qui suivirent ? Quatre-vingt-neuf comme le disaient hier les autorités afghanes en annonçant le limogeage d’un général par le président afghan, Hamid Karzaï, pour « négligence et rétention d’information » ? Négligence. Le mot est bien léger si le général Jalandar Shah est responsable de ce qui s’est passé. Mais est-ce le cas ou s’agit-il de faire diversion et de trouver un bouc émissaire, faute de désigner les véritables responsables de cette tuerie ? Les États-Unis ont ouvert une enquête. Tiens donc ! Ce ne doit pourtant pas être très difficile de savoir rapidement quels bombardiers ce jour-là ont largué leur charge de mort sur une quinzaine de masures. À moins que les engins ultrasophistiqués de la guerre moderne ne décollent comme bon leur semble, au petit bonheur la chance ?

Quel est le nombre exact des victimes civiles ou, si l’on préfère, « des dommages collatéraux », depuis le début de cette guerre ? Près d’un millier depuis le début de l’année… Il n’y a pas de comptes exacts pour les victimes civiles, des estimations seulement. C’est que ça meurt si vite un gosse qui croise par malheur une rafale d’arme automatique. Et ça part tout aussi vite ces engins quand, armée étrangère en pays étranger, on en arrive à voir des terroristes partout. Car la loi de ces guerres-là est implacable. Elle fait de chacun un suspect ou un ennemi. Elle finit par rallier aux insurgés, leur cause fut-elle indéfendable aux yeux même du monde, ceux que l’on prétend protéger en faisant tout de même bon marché de leur vie. Croit-on vraiment qu’un paysan afghan, dans on ne sait quel village, puisse voir dans ces étrangers vêtus comme des robots ou des extraterrestres à bord de leurs véhicules blindés et surarmés des amis et des protecteurs ? Dans le fracas de leurs bombes et le tonnerre de leurs réacteurs, des signes de paix ?

La France savait qu’elle avait des soldats en Afghanistan. Elle a compris la semaine dernière qu’il s’agissait d’une vraie guerre et qu’elle avait des visages. Ceux de dix jeunes soldats français. Qui connaîtra jamais les visages des soixante-seize ou quatre-vingt-neuf morts d’Azizabad ? La guerre ce n’est pas l’assistance, c’est être tué et c’est tuer. Est-ce cela que nous voulons ? Une majorité de Français pensent que non. Que faisons-nous vraiment en Afghanistan ?

Demain mardi, l’Assemblée est censée en débattre, débat suivi d’un vote. Le premier ministre a accepté ce qui avait été refusé aux députés lors de l’envoi sur le terrain de 800 hommes de plus. C’est une conséquence sans doute du trouble de l’opinion, non sans arrière-pensées tactiques toutefois. On s’attend évidemment à ce que ceux qui demanderont le retrait des troupes soient taxés de laxisme dans la lutte contre le terrorisme. Pour ne pas dire de complaisance. C’est pourquoi ce débat doit aller au fond des choses et ne pas se satisfaire de propos généraux tels que ceux du chef de l’État sur « la défense d’une part de la liberté du monde », voire d’une redéfinition opportune et consensuelle des missions des forces françaises. Une redéfinition de nature à satisfaire tout le monde ou presque, sans engager réellement personne. Elle permettrait ainsi de rallier une partie de la gauche. Or ce qui doit être dit, c’est : Quelle est la stratégie des États-Unis et de l’OTAN dans cette partie du monde ? Quelles raisons la France a-t-elle de s’associer à une guerre qui n’a fait jusqu’alors que renforcer les taliban, l’économie de la drogue, la corruption, les clans et les chefs de guerre, au prix tragique que, maintenant, nous connaissons ?

L'éditorial de l'Humanité du 25 août 2008 par Maurice ULRICH

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Publié dans Asie

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