MEDVEDEV ou la nouvelle politique étrangère russe
Forte de son poids économique et financier, la Russie affiche ses ambitions nationales dans le nouveau rapport des forces en train de s’ébaucher.
Dans un entretien accordé à trois chaînes de télévision russes, cité par l’agence Ria Novosti, le président Dmitri Medvedev a choisi la veille de la réunion du Conseil européen et quelques jours après la reconnaissance par Moscou des indépendances de l’Ossétie et de l’Abkhazie pour énoncer les principes qui guideront à l’avenir la politique étrangère de son pays. « L’unipolarité est inacceptable », a-t-il déclaré en substance. « La Russie ne peut accepter un ordre mondial où toutes les décisions sont prises par un seul pays, même aussi important que les États-Unis » car, selon lui, ce monde est « instable et conflictuel ».
Autres principes évoqués : « La Russie n’a pas l’intention de s’isoler. Nous développerons dans la mesure du possible un partenariat amical avec l’Europe, les États-Unis et le reste du monde. » Et surtout, a-t-il tancé : la Russie défendra les « intérêts » de ses « entreprises à l’étran- ger », « la dignité des citoyens russes où qu’ils se trouvent. Et que le monde doit savoir qu’il y aura une riposte à toute agression ». De même a-t-il conclu que « la Russie a des intérêts dans un certain nombre de régions » abritant « des pays qui entretiennent avec la Russie des liens amicaux », précisant qu’il ne s’agissait pas forcément de pays frontaliers.
Dans le contexte de tensions consécutives à la crise russo-géorgienne, le message délivré par le président russe est on ne peut plus clair. Confortée par son poids économique et financier, la Russie bombe le torse, affiche clairement le rôle qu’elle entend jouer dans le rapport des forces internationales en train de s’ébaucher et, partant, faire contrepoids à l’hégémonie des États-Unis.
À l’évidence - c’est du moins une des leçons de cette crise - la stratégie de Washington selon laquelle la sécurité du monde dépend de la stabilité (en fait de son contrôle) de l’Eurasie, riche en ressources énergétiques, a été perçue par Moscou comme participant de l’encerclement de la Russie et du dépeçage de ce qu’il reste de son influence sur les Républiques de l’ex-URSS. Ce sont les hydrocarbures dont regorge la mer Caspienne qui ont conduit Washington à mettre entre parenthèses la question du respect des droits de l’homme, à nouer des rapports de coopération avec des pays comme l’Azerbaïdjan, à tenter de ramener dans leur giron le Turkménistan, et à accélérer le rapprochement avec le Kazakhstan, trois pays producteurs de pétrole et de gaz, et trois pays liés par des accords de partenariat à la Russie.
Il se trouve que la Géorgie est bien située géographiquement pour contourner l’obstacle russe. Elle a donc servi de pivot à partir duquel s’est mise en place cette stratégie matérialisée par la réalisation de l’oléoduc Bakou, Tbilissi, Ceyhan en Turquie et du gazoduc Bakou, Tbilissi, Erzurum en Turquie.
Second levier de la stratégie US, la mise en place du plan individuel pour le partenariat (Ipap), une démarche visant à impliquer dans une coopération militaire avec l’Otan les pays désireux d’y adhérer. Parmi les pays signataires de l’Ipap, la Géorgie, mais aussi l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Autant de faits qui ont fini par être perçus par Moscou comme participant à réduire sa propre influence sur son flanc sud et qui ont poussé Medvedev à réagir. Au-delà des propos du président russe, la question reste de savoir si Moscou a les moyens de ses nouvelles ambitions.
Hassane ZERROUKY dans l'Humanité du 2 septembre 2008
Dans un entretien accordé à trois chaînes de télévision russes, cité par l’agence Ria Novosti, le président Dmitri Medvedev a choisi la veille de la réunion du Conseil européen et quelques jours après la reconnaissance par Moscou des indépendances de l’Ossétie et de l’Abkhazie pour énoncer les principes qui guideront à l’avenir la politique étrangère de son pays. « L’unipolarité est inacceptable », a-t-il déclaré en substance. « La Russie ne peut accepter un ordre mondial où toutes les décisions sont prises par un seul pays, même aussi important que les États-Unis » car, selon lui, ce monde est « instable et conflictuel ».
Autres principes évoqués : « La Russie n’a pas l’intention de s’isoler. Nous développerons dans la mesure du possible un partenariat amical avec l’Europe, les États-Unis et le reste du monde. » Et surtout, a-t-il tancé : la Russie défendra les « intérêts » de ses « entreprises à l’étran- ger », « la dignité des citoyens russes où qu’ils se trouvent. Et que le monde doit savoir qu’il y aura une riposte à toute agression ». De même a-t-il conclu que « la Russie a des intérêts dans un certain nombre de régions » abritant « des pays qui entretiennent avec la Russie des liens amicaux », précisant qu’il ne s’agissait pas forcément de pays frontaliers.
Dans le contexte de tensions consécutives à la crise russo-géorgienne, le message délivré par le président russe est on ne peut plus clair. Confortée par son poids économique et financier, la Russie bombe le torse, affiche clairement le rôle qu’elle entend jouer dans le rapport des forces internationales en train de s’ébaucher et, partant, faire contrepoids à l’hégémonie des États-Unis.
À l’évidence - c’est du moins une des leçons de cette crise - la stratégie de Washington selon laquelle la sécurité du monde dépend de la stabilité (en fait de son contrôle) de l’Eurasie, riche en ressources énergétiques, a été perçue par Moscou comme participant de l’encerclement de la Russie et du dépeçage de ce qu’il reste de son influence sur les Républiques de l’ex-URSS. Ce sont les hydrocarbures dont regorge la mer Caspienne qui ont conduit Washington à mettre entre parenthèses la question du respect des droits de l’homme, à nouer des rapports de coopération avec des pays comme l’Azerbaïdjan, à tenter de ramener dans leur giron le Turkménistan, et à accélérer le rapprochement avec le Kazakhstan, trois pays producteurs de pétrole et de gaz, et trois pays liés par des accords de partenariat à la Russie.
Il se trouve que la Géorgie est bien située géographiquement pour contourner l’obstacle russe. Elle a donc servi de pivot à partir duquel s’est mise en place cette stratégie matérialisée par la réalisation de l’oléoduc Bakou, Tbilissi, Ceyhan en Turquie et du gazoduc Bakou, Tbilissi, Erzurum en Turquie.
Second levier de la stratégie US, la mise en place du plan individuel pour le partenariat (Ipap), une démarche visant à impliquer dans une coopération militaire avec l’Otan les pays désireux d’y adhérer. Parmi les pays signataires de l’Ipap, la Géorgie, mais aussi l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Autant de faits qui ont fini par être perçus par Moscou comme participant à réduire sa propre influence sur son flanc sud et qui ont poussé Medvedev à réagir. Au-delà des propos du président russe, la question reste de savoir si Moscou a les moyens de ses nouvelles ambitions.
Hassane ZERROUKY dans l'Humanité du 2 septembre 2008
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