Les syndicats face à l’héritage de Tony blair
Brighton : La confédération syndicale britannique (TUC) ouvre ce matin son congrès annuel alors qu’une crise économique sans précédent menace le pays.
Correspondance particulière
La rentrée politique en Grande-Bretagne est marquée par l’ouverture à Brighton, ce matin, du congrès annuel du TUC, la confédération syndicale rassemblant 6,5 millions de syndicalistes. Le pouvoir d’achat et l’insistance du premier ministre Gordon Brown d’abaisser les salaires mais non les profits seront largement débattus. Brendan Barber, secrétaire général du TUC, a accusé hier le gouvernement d’avoir créé « un âge d’or pour les riches »… « Nous sommes arrivés à la limite de la tolérance d’une société déformée en faveur des riches quel que soit l’impact sur les autres. » À l’ordre du jour aussi : la libéralisation économique qui menace les services publics, les relations compliquées entre les syndicats et le parti travailliste, la solidarité avec les syndicalistes menacés de mort en Colombie et ailleurs, les guerres en Irak et Afghanistan… Le congrès continue jusqu’à jeudi et des débats parfois houleux s’annoncent. À la veille des débats, Tony Woodley, cosecrétaire-général de Unite, le plus grand syndicat avec 2 millions d’adhérents, a répondu aux questions de l’Humanité.
À quels défis le mouvement syndical est-il confronté au moment où l’économie britannique pourrait se retrouver, selon le chancelier de l’échiquier Alistair Darling, dans la pire situation depuis soixante ans ?
Tony Woodley. Notre priorité doit être d’assurer que les salariés ne portent pas le fardeau de la crise qui se développe. Les prix du ravitaillement et du fioul qui montent en flèche, les saisies de maisons qui se multiplient et la menace croissante sur les emplois, ces grandes questions nous concernent surtout. Nous réclamons du gouvernement des actes pour protéger tous ceux en difficulté et d’en finir avec une politique qui sert seulement les intérêts de la City et du grand patronat.
Est-ce que vous êtes satisfait des mesures annoncées la semaine dernière par le premier ministre Gordon Brown pour traiter la crise du marché de l’immobilier ?
Tony Woodley. Pas du tout. Elles ne représentent qu’un pansement pour traiter un problème chronique. Il faut rendre aux collectivités locales le droit de construire des logements à louer, car il y a toujours des millions de personnes, surtout des jeunes, qui n’ont pas les moyens d’acheter leur maison.
L’économie « de flexibilité » poursuivie par Tony Blair et ses amis a été présentée comme un modèle pour l’Europe. Est-ce que ce modèle est toujours valable ?
Tony Woodley. À mon avis, il n’a jamais été valable. Il s’est traduit en flexibilité pour le patronat pendant que les syndicats ont été étroitement contrôlés. On peut se rendre compte maintenant qu’il a échoué aussi sur deux aspects : la régulation « légère » des institutions financières a contribué à la crise actuelle ; et la croissance économique britannique a été fondée sur une augmentation insoutenable de l’endettement à cause des activités non régulées d’un secteur financier trop puissant. Si le « blairisme » est aujourd’hui mort, moi je suis parmi ceux qui s’en félicitent. Mon seul regret est le tort qu’il a fait à l’économie britannique.
Quelles sont les perspectives pour renforcer la solidarité syndicale sur le plan international ?
Tony Woodley. Unite a pris une initiative importante cette année avec la création de Workers Uniting, un syndicat global formé avec l’United Steelworkers des États-Unis et du Canada. Ce n’est qu’un premier pas. Les syndicalistes britanniques ne veulent pas regarder seulement vers l’Ouest. Nous devons regarder vers l’Est aussi pour construire des alliances à confronter les défis de notre époque. Nous som- mes fiers de notre histoire de solidarité internationale, mais nous avons maintenant besoin du nouveau : des organisations syndicales globales capables de faire face au grand capital globalisé. Les syndicats de l’Union européenne ont un rôle central dans ce domaine.
Propos recueillis par Peter AVIS et parus dans l'Humanité du 8 septembre 2008
Correspondance particulière
La rentrée politique en Grande-Bretagne est marquée par l’ouverture à Brighton, ce matin, du congrès annuel du TUC, la confédération syndicale rassemblant 6,5 millions de syndicalistes. Le pouvoir d’achat et l’insistance du premier ministre Gordon Brown d’abaisser les salaires mais non les profits seront largement débattus. Brendan Barber, secrétaire général du TUC, a accusé hier le gouvernement d’avoir créé « un âge d’or pour les riches »… « Nous sommes arrivés à la limite de la tolérance d’une société déformée en faveur des riches quel que soit l’impact sur les autres. » À l’ordre du jour aussi : la libéralisation économique qui menace les services publics, les relations compliquées entre les syndicats et le parti travailliste, la solidarité avec les syndicalistes menacés de mort en Colombie et ailleurs, les guerres en Irak et Afghanistan… Le congrès continue jusqu’à jeudi et des débats parfois houleux s’annoncent. À la veille des débats, Tony Woodley, cosecrétaire-général de Unite, le plus grand syndicat avec 2 millions d’adhérents, a répondu aux questions de l’Humanité.
À quels défis le mouvement syndical est-il confronté au moment où l’économie britannique pourrait se retrouver, selon le chancelier de l’échiquier Alistair Darling, dans la pire situation depuis soixante ans ?
Tony Woodley. Notre priorité doit être d’assurer que les salariés ne portent pas le fardeau de la crise qui se développe. Les prix du ravitaillement et du fioul qui montent en flèche, les saisies de maisons qui se multiplient et la menace croissante sur les emplois, ces grandes questions nous concernent surtout. Nous réclamons du gouvernement des actes pour protéger tous ceux en difficulté et d’en finir avec une politique qui sert seulement les intérêts de la City et du grand patronat.
Est-ce que vous êtes satisfait des mesures annoncées la semaine dernière par le premier ministre Gordon Brown pour traiter la crise du marché de l’immobilier ?
Tony Woodley. Pas du tout. Elles ne représentent qu’un pansement pour traiter un problème chronique. Il faut rendre aux collectivités locales le droit de construire des logements à louer, car il y a toujours des millions de personnes, surtout des jeunes, qui n’ont pas les moyens d’acheter leur maison.
L’économie « de flexibilité » poursuivie par Tony Blair et ses amis a été présentée comme un modèle pour l’Europe. Est-ce que ce modèle est toujours valable ?
Tony Woodley. À mon avis, il n’a jamais été valable. Il s’est traduit en flexibilité pour le patronat pendant que les syndicats ont été étroitement contrôlés. On peut se rendre compte maintenant qu’il a échoué aussi sur deux aspects : la régulation « légère » des institutions financières a contribué à la crise actuelle ; et la croissance économique britannique a été fondée sur une augmentation insoutenable de l’endettement à cause des activités non régulées d’un secteur financier trop puissant. Si le « blairisme » est aujourd’hui mort, moi je suis parmi ceux qui s’en félicitent. Mon seul regret est le tort qu’il a fait à l’économie britannique.
Quelles sont les perspectives pour renforcer la solidarité syndicale sur le plan international ?
Tony Woodley. Unite a pris une initiative importante cette année avec la création de Workers Uniting, un syndicat global formé avec l’United Steelworkers des États-Unis et du Canada. Ce n’est qu’un premier pas. Les syndicalistes britanniques ne veulent pas regarder seulement vers l’Ouest. Nous devons regarder vers l’Est aussi pour construire des alliances à confronter les défis de notre époque. Nous som- mes fiers de notre histoire de solidarité internationale, mais nous avons maintenant besoin du nouveau : des organisations syndicales globales capables de faire face au grand capital globalisé. Les syndicats de l’Union européenne ont un rôle central dans ce domaine.
Propos recueillis par Peter AVIS et parus dans l'Humanité du 8 septembre 2008
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