Le Zimbabwe voit le bout du tunnel ?
Harare : Un accord a été signé jeudi soir entre Robert MUGABE et le leader de l’opposition, Morgan TSVANGIRAI pour un gouvernement d’union nationale.
Les deux formations zimbabwéennes rivales, la Zanu-PF du président Robert Mugabe, toujours au pouvoir, et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de Morgan Tsvangirai, sont, contre toute attente, parvenues à un accord de gouvernement. Celui-ci est en grande partie l’oeuvre de la médiation du président sud-africain, Thabo Mbeki, dont la stratégie avait été pourtant décriée, notamment par les pays occidentaux, mais également par certains de ses pairs africains. « C’est le résultat de deux mois d’un minutieux travail et je dois dire que je suis heureux », a expliqué Patrick Chinamasa, principal négociateur de la Zanu-PF. Selon un sénateur de l’opposition, David Coltart, les différentes forces d’opposition - c’est-à-dire essentiellement les deux factions du MDC - devraient disposer, dans le futur gouvernement, d’un ministère de plus que la Zanu-PF. Concrètement, 13 ministères devraient être attribués au MDC de Tsvangirai, 3 à la faction dissidente et 15 reviendront à la Zanu-PF. Robert Mugabe conservera la présidence, alors que Morgan Tsvangirai présidera le Conseil des ministres. Selon Thabo Mbeki, ce gouvernement d’union nationale devrait être présenté lundi.
Chercheur en sciences politiques à l’université du Zimbabwe, Eldred Masunungure s’est félicité d’un tel accord. « C’est clairement un développement positif qui peut potentiellement sortir le Zimbabwe d’une crise endémique », a-t-il expliqué. La conclusion d’un accord « brise le cercle vicieux, mais je préfère éviter toute célébration prématurée. Nous avons affaire à des intérêts et des hostilités profondément enracinées ». Si l’accord va - évidemment être soumis à l’épreuve de la réalité, il témoigne cependant de la capacité de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à prendre à bras-le-corps les problèmes qui se posent dans la région et à réussir des médiations même si le contexte politique et économique rend la tâche extrêmement difficile.
C’était le cas dans la crise zimbabwéenne, aggravée par l’attitude des pays occidentaux. L’Union européenne ne déroge d’ailleurs pas à la règle et se comporte comme si cette possible sortie de crise n’était pas de son goût, comme en témoignent les déclarations des diplomates du Vieux Continent. « Les nouvelles sont toutes fraîches, il va s’agir d’évaluer la situation dans la journée », a lâché l’un d’entre eux. Jeudi matin (soit quelques heures avant la finalisation d’un accord, ce que tout le monde entrevoyait), les ambassadeurs des 27 avaient décidé de renforcer les sanctions contre le régime de Robert Mugabe. Il s’agissait d’ajouter une dizaine de noms à la liste des personnes interdites de séjour dans l’UE et dont les avoirs sont gelés, liste qui comprend notamment Mugabe et son épouse Grace. Pour le diplomate européen déjà cité, « le fait qu’il y ait un accord de partage du pouvoir n’exonère pas ces personnes-là, coupables de violences, de leurs responsabilités ».
Une attitude qui n’aidera en rien Morgan Tsvangirai, dont la tâche n’est cependant pas aisée. Dans son propre camp, des voix divergentes se sont fait déjà entendre, comme celle de Lovemore Madhuku, membre du MDC et président du Parlement, qui parle de « capitulation ». Quoi qu’il en soit, le leader de ce qui était l’opposition va devoir retrousser ses manches pour affronter les problèmes économiques du pays, notamment parvenir à la suffisance alimentaire pour toute la population et ramener le taux d’inflation à deux chiffres.
Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 13 septembre 2008
Les deux formations zimbabwéennes rivales, la Zanu-PF du président Robert Mugabe, toujours au pouvoir, et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de Morgan Tsvangirai, sont, contre toute attente, parvenues à un accord de gouvernement. Celui-ci est en grande partie l’oeuvre de la médiation du président sud-africain, Thabo Mbeki, dont la stratégie avait été pourtant décriée, notamment par les pays occidentaux, mais également par certains de ses pairs africains. « C’est le résultat de deux mois d’un minutieux travail et je dois dire que je suis heureux », a expliqué Patrick Chinamasa, principal négociateur de la Zanu-PF. Selon un sénateur de l’opposition, David Coltart, les différentes forces d’opposition - c’est-à-dire essentiellement les deux factions du MDC - devraient disposer, dans le futur gouvernement, d’un ministère de plus que la Zanu-PF. Concrètement, 13 ministères devraient être attribués au MDC de Tsvangirai, 3 à la faction dissidente et 15 reviendront à la Zanu-PF. Robert Mugabe conservera la présidence, alors que Morgan Tsvangirai présidera le Conseil des ministres. Selon Thabo Mbeki, ce gouvernement d’union nationale devrait être présenté lundi.
Chercheur en sciences politiques à l’université du Zimbabwe, Eldred Masunungure s’est félicité d’un tel accord. « C’est clairement un développement positif qui peut potentiellement sortir le Zimbabwe d’une crise endémique », a-t-il expliqué. La conclusion d’un accord « brise le cercle vicieux, mais je préfère éviter toute célébration prématurée. Nous avons affaire à des intérêts et des hostilités profondément enracinées ». Si l’accord va - évidemment être soumis à l’épreuve de la réalité, il témoigne cependant de la capacité de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à prendre à bras-le-corps les problèmes qui se posent dans la région et à réussir des médiations même si le contexte politique et économique rend la tâche extrêmement difficile.
C’était le cas dans la crise zimbabwéenne, aggravée par l’attitude des pays occidentaux. L’Union européenne ne déroge d’ailleurs pas à la règle et se comporte comme si cette possible sortie de crise n’était pas de son goût, comme en témoignent les déclarations des diplomates du Vieux Continent. « Les nouvelles sont toutes fraîches, il va s’agir d’évaluer la situation dans la journée », a lâché l’un d’entre eux. Jeudi matin (soit quelques heures avant la finalisation d’un accord, ce que tout le monde entrevoyait), les ambassadeurs des 27 avaient décidé de renforcer les sanctions contre le régime de Robert Mugabe. Il s’agissait d’ajouter une dizaine de noms à la liste des personnes interdites de séjour dans l’UE et dont les avoirs sont gelés, liste qui comprend notamment Mugabe et son épouse Grace. Pour le diplomate européen déjà cité, « le fait qu’il y ait un accord de partage du pouvoir n’exonère pas ces personnes-là, coupables de violences, de leurs responsabilités ».
Une attitude qui n’aidera en rien Morgan Tsvangirai, dont la tâche n’est cependant pas aisée. Dans son propre camp, des voix divergentes se sont fait déjà entendre, comme celle de Lovemore Madhuku, membre du MDC et président du Parlement, qui parle de « capitulation ». Quoi qu’il en soit, le leader de ce qui était l’opposition va devoir retrousser ses manches pour affronter les problèmes économiques du pays, notamment parvenir à la suffisance alimentaire pour toute la population et ramener le taux d’inflation à deux chiffres.
Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 13 septembre 2008
Publicité