Kgalema MOTLANTHE succède à MBEKI
Afrique du Sud : Le nouveau président devrait nommer un gouvernement. Certains proches de MBEKI parlent de la création d’un nouveau parti.
L’ANC, le Congrès national africain, a décidé d’aller vite. En l’espace de quelques jours, le mouvement de libération a demandé à Thabo Mbeki, président de la République, de démissionner de ses fonctions et a aussitôt désigné Kgalema Motlanthe, actuel vice-président de l’organisation et, depuis peu, ministre sans portefeuille auprès de la présidence, pour être candidat à la présidence de la République avec pleins pouvoirs jusqu’aux prochaines élections prévues au deuxième trimestre 2009. Formellement, celui-ci sera ensuite élu par les députés, comme le prévoit la Constitution sud-africaine. K. K. Khumalo, porte-parole du groupe parlementaire ANC, a même précisé que Motlanthe « ne sera pas un président par intérim ». Ce qui signifie clairement qu’il ne se bornera pas à gérer les affaires courantes mais qu’un nouveau gouvernement pourrait être nommé dans les tout prochains jours.
En Afrique du Sud, le président n’est pas élu par le peuple mais par le Parlement. Tirant sa légitimité de sa désignation par l’ANC, Mbeki ne pouvait pas aller à l’encontre de l’appel à démissionner de son parti. Une décision justifiée par un souhait d’unification du parti mais aussi pour mettre un terme aux « interférences politiques » (ce qu’a démenti Mbeki lors de son allocution télévisée, dimanche soir, dans laquelle il a publiquement annoncé son départ) dénoncées par un juge de
Pietermaritzburg dans les attendus de l’invalidation du dossier d’accusation prononcée le 12 septembre dans un procès pour corruption contre Jacob Zuma, président de l’ANC et candidat désigné pour représenter son parti à l’élection présidentielle de 2009.
Longtemps membre du Comité central du parti communiste sud-africain (SACP) puis secrétaire général de l’ANC lorsque Thabo Mbeki en était le président, Kgalema Motlanthe, cinquante-neuf ans, est un fin stratège politique. Connu pour sa modération, il est l’une des figures les plus populaires de la nouvelle équipe dirigeante du parti. Il a ces derniers mois mené une campagne de réconciliation dans le pays, visant à rassurer la minorité blanche et les investisseurs étrangers, inquiets semble-t-il du renforcement de la gauche au sein de l’ANC. Il avait intégré le gouvernement Mbeki il y a quelques semaines afin d’assurer une transition en douceur pour Jacob Zuma.
Le chemin jusqu’aux élections risque cependant d’être difficile. Alors que Mbeki était accusé de délaisser les problèmes intérieurs pour les feux de la diplomatie internationale, l’ANC de Zuma entend donner la priorité à la lutte contre la pauvreté et le chômage, à la redistribution des richesses et à la nationalisation des grandes industries. Dans une récente intervention, Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la Cosatu (la centrale syndicale membre de l’Alliance avec l’ANC et le SACP), se félicitait d’ailleurs de la remobilisation des Sud-Africains « pour défier les orientations néolibérales adoptées depuis 1996 ». Mais, selon le Sunday Times, le ministre de la Défense, Mosiuoa Lekota (très malmené lors du dernier congrès de l’ANC), son adjoint Mluleki George et d’autres dirigeants fidèles à Mbeki se réuniront sous peu pour jeter les bases d’un nouveau parti. « Je ne suis pas en mesure d’en parler à ce stade, mais vous en saurez plus dans quelques jours », a déclaré à ce sujet George.
Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 23 septembre 2008
L’ANC, le Congrès national africain, a décidé d’aller vite. En l’espace de quelques jours, le mouvement de libération a demandé à Thabo Mbeki, président de la République, de démissionner de ses fonctions et a aussitôt désigné Kgalema Motlanthe, actuel vice-président de l’organisation et, depuis peu, ministre sans portefeuille auprès de la présidence, pour être candidat à la présidence de la République avec pleins pouvoirs jusqu’aux prochaines élections prévues au deuxième trimestre 2009. Formellement, celui-ci sera ensuite élu par les députés, comme le prévoit la Constitution sud-africaine. K. K. Khumalo, porte-parole du groupe parlementaire ANC, a même précisé que Motlanthe « ne sera pas un président par intérim ». Ce qui signifie clairement qu’il ne se bornera pas à gérer les affaires courantes mais qu’un nouveau gouvernement pourrait être nommé dans les tout prochains jours.
En Afrique du Sud, le président n’est pas élu par le peuple mais par le Parlement. Tirant sa légitimité de sa désignation par l’ANC, Mbeki ne pouvait pas aller à l’encontre de l’appel à démissionner de son parti. Une décision justifiée par un souhait d’unification du parti mais aussi pour mettre un terme aux « interférences politiques » (ce qu’a démenti Mbeki lors de son allocution télévisée, dimanche soir, dans laquelle il a publiquement annoncé son départ) dénoncées par un juge de
Pietermaritzburg dans les attendus de l’invalidation du dossier d’accusation prononcée le 12 septembre dans un procès pour corruption contre Jacob Zuma, président de l’ANC et candidat désigné pour représenter son parti à l’élection présidentielle de 2009.
Longtemps membre du Comité central du parti communiste sud-africain (SACP) puis secrétaire général de l’ANC lorsque Thabo Mbeki en était le président, Kgalema Motlanthe, cinquante-neuf ans, est un fin stratège politique. Connu pour sa modération, il est l’une des figures les plus populaires de la nouvelle équipe dirigeante du parti. Il a ces derniers mois mené une campagne de réconciliation dans le pays, visant à rassurer la minorité blanche et les investisseurs étrangers, inquiets semble-t-il du renforcement de la gauche au sein de l’ANC. Il avait intégré le gouvernement Mbeki il y a quelques semaines afin d’assurer une transition en douceur pour Jacob Zuma.
Le chemin jusqu’aux élections risque cependant d’être difficile. Alors que Mbeki était accusé de délaisser les problèmes intérieurs pour les feux de la diplomatie internationale, l’ANC de Zuma entend donner la priorité à la lutte contre la pauvreté et le chômage, à la redistribution des richesses et à la nationalisation des grandes industries. Dans une récente intervention, Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la Cosatu (la centrale syndicale membre de l’Alliance avec l’ANC et le SACP), se félicitait d’ailleurs de la remobilisation des Sud-Africains « pour défier les orientations néolibérales adoptées depuis 1996 ». Mais, selon le Sunday Times, le ministre de la Défense, Mosiuoa Lekota (très malmené lors du dernier congrès de l’ANC), son adjoint Mluleki George et d’autres dirigeants fidèles à Mbeki se réuniront sous peu pour jeter les bases d’un nouveau parti. « Je ne suis pas en mesure d’en parler à ce stade, mais vous en saurez plus dans quelques jours », a déclaré à ce sujet George.
Pierre BARBANCEY dans l'Humanité du 23 septembre 2008
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