Chantage élyséen à l’UNEDIC

Publié le par Jihad WACHILL

En dehors de la CFDT, les syndicats rechignent à signer une convention réduisant les droits des chômeurs et prévoyant des baisses de cotisations.


Conclu dans la nuit du 23 au 24 décembre, le projet d’accord sur l’assurance chômage a déjà du plomb dans l’aile. Avec la plus forte hausse mensuelle du nombre de chômeurs jamais enregistrée (+ 64 000 demandeurs d’emploi en novembre) et alors que, dans son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy évite soigneusement le sujet (lire page 2), les syndicats rechignent à avaliser une convention consacrant, derrière une légère amélioration pour les salariés précaires, une réduction des durées d’indemnisation pour une majorité écrasante de chômeurs et une baisse mécanique des cotisations patronales à compter du 1er juillet 2009.


En dehors de la CGT qui, hostile à un accord « très éloigné des réalités sociales », confirmera son rejet le 6 janvier prochain, les organisations syndicales paraissent bien embarrassées. Après avoir gonflé les effets positifs de l’abaissement (de six à quatre mois) de la durée d’affiliation nécessaire pour ouvrir droit à une indemnisation (elle parle de 300 000 chômeurs concernés par an, contre 200 000 pour le MEDEF et 100 000 selon les statistiques officielles de l’UNEDIC), une mesure qu’elle avait combattu en 2002 pour ne pas inciter les entreprises à abuser des contrats courts, la CFDT doit se prononcer le 8 janvier, mais François Chérèque a d’ores et déjà averti que son syndicat « ne signera pas tout seul ». Réputée vouloir revenir dans le « jeu contractuel » à l’assurance chômage depuis décembre 2005, FO risque de devoir retarder encore sa première signature d’une convention UNEDIC depuis 1992 : dans un communiqué publié mercredi, l’organisation dirigée par Jean-Claude Mailly juge, avant une « réunion exceptionnelle » de son bureau confédéral programmé la semaine prochaine, qu’« il apparaît irréaliste, voire immoral, d’envisager des baisses de cotisations à l’assurance chômage ». Après que Gabrielle Simon, chef de file de la délégation CFTC, a opposé une fin de non-recevoir à l’issue des négociations dans la nuit du 23 décembre, la confédération chrétienne, signataire habituelle des conventions UNEDIC, semble persister dans son refus, avant sa décision officielle attendue le 12 janvier : « Nombreuses vont être les personnes indemnisées qui vont voir leur durée d’indemnisation réduite, notamment les seniors. » Même tonalité du côté de la CGC, où Alain Lecanu, le négociateur principal, a concédé la semaine dernière qu’il n’a « pas forcément une approche très positive du texte », mais la décision définitive du syndicat de cadres ne sera déterminée que le 20 janvier.


C’est dans ce contexte plus qu’incertain que, d’après le Canard enchaîné de cette semaine, Raymond Soubie, conseiller social de Nicolas Sarkozy, Éric Aubry, son homologue à Matignon, et Laurent Wauquiez, secrétaire d’État chargé de l’emploi, se sont relayés la semaine dernière pour tenter de convaincre les leaders syndicaux de parapher le projet d’accord. « Si vous ne signez pas l’accord proposé par le MEDEF, c’est l’État qui devra prendre en charge l’indemnisation du chômage et il ne donnera pas plus », ont-ils averti selon l’hebdomadaire. Et afin de lever les réticences, ils ont, toujours d’après le Volatile, utilisé un argument de poids, sonnant et trébuchant : alors qu’avec le lancement de Pôle Emploi résultant de la fusion entre les ASSEDIC et l’ANPE, une subvention de 6 millions d’euros versée par l’UNEDIC au patronat (3 millions) et aux syndicats (3 millions) était promise à disparaître dès janvier, certains syndicats viennent d’affirmer avoir reçu l’assurance que cette suppression serait « réexaminée s’ils se montraient coopératifs dans le dossier de l’assurance chômage ».


Thomas LEMAHIEU dans l'Humanité du 2 janvier 2009

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Publié dans France - Emploi

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