Les soutiens affluent autour de Gérard FILOCHE
La solidarité s’organise autour de Gérard Filoche, célèbre inspecteur du travail parisien et militant de l’aile gauche du Parti socialiste. En 48 heures à peine, dimanche et lundi, pas moins de 3 500 personnes, dont de nombreux leaders politiques de gauche, ont signé l’appel diffusé sur Internet (1) pour exprimer leur « totale solidarité » avec le fonctionnaire « mis en examen dans le cadre de ses missions ». À la mi-novembre, en effet, l’inspecteur a appris que le juge parisien Yves Madre avait décidé de le mettre en examen pour « chantage » et « entrave au bon déroulement d’un comité d’entreprise », suite à une plainte déposée par la société Guinot, dans laquelle il était intervenu en 2004 pour une affaire de licenciement d’une déléguée syndicale.
« Je risque un an de prison et 3 750 euros d’amende », -explique Gérard Filoche, pour qui, toutefois, ces accusations « ne tiennent pas debout ». La direction de Guinot lui reproche de s’être imposé à une réunion du comité d’entreprise à la fin de juillet 2004 et d’avoir fait pression sur les deux élus du personnel qui devaient ce jour-là donner leur avis sur le licenciement d’une salariée protégée, dont la direction avait déjà tenté deux fois de se débarrasser. Gérard Filoche explique, lui, qu’il n’aurait eu aucun intérêt à faire pression, puisque l’avis du CE ne s’impose nullement à l’inspecteur du travail qui délivre ou refuse l’autorisation administrative de licencier. « Ce jour-là, je suis venu non pas assister au CE mais prendre acte de sa décision et mener mon enquête contradictoire pour régler la situation avant mon départ en congés d’été, explique l’inspecteur. Sinon, la déléguée mise à pied n’aurait pas eu de salaire avant la rentrée de septembre. »
Une accusation d’« entrave au comité d’entreprise » à l’égard d’un inspecteur du travail, « je n’ai jamais connu ça dans toute ma carrière », s’indigne Sylvie Denoyer, secrétaire générale de l’UNAS-CGT (inspection), qui dénonce l’absence de soutien de la hiérarchie. Le ministère du Travail n’a en effet pas accordé à Gérard Filoche la « protection fonctionnelle » qui permet à un agent mis en cause dans l’exercice de ses fonctions d’obtenir une aide pour les frais de justice. « Nous demandons au ministère de s’expliquer », assure la syndicaliste. Réunis aujourd’hui pour préparer la journée du 29, les six syndicats de l’inspection devraient publier un communiqué commun de soutien à Gérard Filoche. En attendant, celui-ci reçoit de nombreux messages de collègues et de juristes en droit du travail, qui voient dans cette affaire une nouvelle attaque à la mission de l’inspection d’assurer l’application du Code du travail dans les entreprises.
Fanny DOUMAYROU dans l'Humanité du 27 janvier 2009