Les Angolais tournent la page de la guerre dans les urnes
Angola : Les premières élections législatives depuis la fin de la guerre civile devraient être remportées par le parti du président Dos Santos, au pouvoir depuis l’indépendance.
C’est un jour crucial pour l’Angola. Pour la première fois depuis la fin d’une guerre civile qui a ravagé le pays pendant vingt-sept ans, 8 millions d’Angolais doivent se rendre aux urnes aujourd’hui. Ils vont choisir leurs 220 députés parmi les candidats présentés par quatre coalitions et dix partis politiques. Ces élections législatives « devraient marquer la transition vers la paix et la démocratie », résume Didier Péclard, spécialiste de l’Angola.
Face à une opposition divisée, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance en 1975, semble assuré de la victoire. Pour cet ex-parti marxiste, soutenu par les Cubains pendant la guerre qui l’a opposé à l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA), elle-même largement financée jusqu’en 1993 par les États-Unis et l’Afrique du Sud de l’apartheid, les élections sont l’occasion de légitimer la transition entamée depuis la fin du conflit en 2002 et le statut de puissance régionale de l’Angola.
« Pour le MPLA, c’est important de mener des élections en faisant le nécessaire pour donner l’impression qu’elles sont tout à fait ouvertes et libres, tout en contrôlant complètement en sous-main le processus et en s’assurant la victoire », explique Didier Péclard. Avec un budget initial de 84 millions de dollars qui aurait quadruplé, le gouvernement, et à sa tête le président Dos Santos, a déployé un dispositif électoral inégalé sur le continent.
Les cartes d’électeurs comportent hologrammes et empreintes digitales pour éviter les fraudes, et des milliers d’ordinateurs seront installés à côté des bureaux de vote pour les électeurs ayant perdu leurs cartes. Des hélicoptères iront chercher les urnes dans les régions isolées, pour pallier aux difficultés de déplacement dues à l’insuffisance d’infrastructures de transport et aux nombreuses mines antipersonnel laissées par la guerre. Des centaines d’observateurs de l’Union européenne, de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) mais aussi de la société civile angolaise seront déployés pour veiller au bon déroulement du scrutin. « L’intimidation des partis d’opposition, et des médias (…) ainsi que des interférences au sein de la commission électorale menacent la perspective d’un vote libre et équitable », notait néanmoins mi-août l’organisation Human rights watch.
En raison du mode de désignation, huit des onze membres de la Commission nationale électorale (CNE) sont nommés par le MPLA. Ce parti a de plus bénéficié des moyens de l’État pour faire campagne. À cela s’ajoutent des incidents violents qui ont eu lieu contre des membres de l’opposition en province, où la liberté est bien moindre que dans la capitale. « Tous ces éléments font que pour l’opposition, c’est un terrain de jeu complètement inégal », estime Péclard.
Le principal atout du MPLA est la manne pétrolière dont dispose le pays. Avec 2 millions de barils par jour, l’Angola est devenu le premier producteur d’or noir d’Afrique et sa croissance atteint aujourd’hui 20 %. Selon les chiffres officiels, les recettes pétrolières représenteraient, en 2008, 77,2 % de recettes fiscales estimées à 1,89 milliard de dollars. Le pétrole a aussi conduit la Chine à octroyer à l’Angola pour plus de 5 milliards de dollars de prêt, ce qui permet au pays de se passer des fonds conditionnés du FMI ou de la Banque mondiale.
Cette marge de manoeuvre financière a permis, un réel effort en matière d’infrastructures notamment routières, dont le MPLA peut aujourd’hui se prévaloir. Il a aussi permis l’entretien d’un vaste réseau de clientèle, notamment par le biais de fondations privées et d’organisation de masses. Mais alors que les immeubles de luxe se multiplient à Luanda, devenue une des villes les plus chères du monde, les deux tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Les infrastructures sociales sont inexistantes et la majorité des Angolais qui vit désormais dans les bidonvilles n’a ni eau ni électricité.
Les rumeurs de détournement, qui selon Human rights watch se seraient élevés à 4,2 milliards de dollars entre 1997 et 2002, alimentent le mécontentement des laissés-pour-compte du miracle pétrolier. Conscient de cette faiblesse, le président Dos Santos a multiplié durant la campagne inaugurations d’écoles et promesses d’hôpitaux. Il n’est pas certain que cela suffise pour faire gagner au MPLA les deux tiers des sièges dont il a besoin pour mener à bien son projet de réforme de la Constitution.
Camille BAUER dans l'Humanité du 5 septembre 2008
C’est un jour crucial pour l’Angola. Pour la première fois depuis la fin d’une guerre civile qui a ravagé le pays pendant vingt-sept ans, 8 millions d’Angolais doivent se rendre aux urnes aujourd’hui. Ils vont choisir leurs 220 députés parmi les candidats présentés par quatre coalitions et dix partis politiques. Ces élections législatives « devraient marquer la transition vers la paix et la démocratie », résume Didier Péclard, spécialiste de l’Angola.
Face à une opposition divisée, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance en 1975, semble assuré de la victoire. Pour cet ex-parti marxiste, soutenu par les Cubains pendant la guerre qui l’a opposé à l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA), elle-même largement financée jusqu’en 1993 par les États-Unis et l’Afrique du Sud de l’apartheid, les élections sont l’occasion de légitimer la transition entamée depuis la fin du conflit en 2002 et le statut de puissance régionale de l’Angola.
« Pour le MPLA, c’est important de mener des élections en faisant le nécessaire pour donner l’impression qu’elles sont tout à fait ouvertes et libres, tout en contrôlant complètement en sous-main le processus et en s’assurant la victoire », explique Didier Péclard. Avec un budget initial de 84 millions de dollars qui aurait quadruplé, le gouvernement, et à sa tête le président Dos Santos, a déployé un dispositif électoral inégalé sur le continent.
Les cartes d’électeurs comportent hologrammes et empreintes digitales pour éviter les fraudes, et des milliers d’ordinateurs seront installés à côté des bureaux de vote pour les électeurs ayant perdu leurs cartes. Des hélicoptères iront chercher les urnes dans les régions isolées, pour pallier aux difficultés de déplacement dues à l’insuffisance d’infrastructures de transport et aux nombreuses mines antipersonnel laissées par la guerre. Des centaines d’observateurs de l’Union européenne, de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) mais aussi de la société civile angolaise seront déployés pour veiller au bon déroulement du scrutin. « L’intimidation des partis d’opposition, et des médias (…) ainsi que des interférences au sein de la commission électorale menacent la perspective d’un vote libre et équitable », notait néanmoins mi-août l’organisation Human rights watch.
En raison du mode de désignation, huit des onze membres de la Commission nationale électorale (CNE) sont nommés par le MPLA. Ce parti a de plus bénéficié des moyens de l’État pour faire campagne. À cela s’ajoutent des incidents violents qui ont eu lieu contre des membres de l’opposition en province, où la liberté est bien moindre que dans la capitale. « Tous ces éléments font que pour l’opposition, c’est un terrain de jeu complètement inégal », estime Péclard.
Le principal atout du MPLA est la manne pétrolière dont dispose le pays. Avec 2 millions de barils par jour, l’Angola est devenu le premier producteur d’or noir d’Afrique et sa croissance atteint aujourd’hui 20 %. Selon les chiffres officiels, les recettes pétrolières représenteraient, en 2008, 77,2 % de recettes fiscales estimées à 1,89 milliard de dollars. Le pétrole a aussi conduit la Chine à octroyer à l’Angola pour plus de 5 milliards de dollars de prêt, ce qui permet au pays de se passer des fonds conditionnés du FMI ou de la Banque mondiale.
Cette marge de manoeuvre financière a permis, un réel effort en matière d’infrastructures notamment routières, dont le MPLA peut aujourd’hui se prévaloir. Il a aussi permis l’entretien d’un vaste réseau de clientèle, notamment par le biais de fondations privées et d’organisation de masses. Mais alors que les immeubles de luxe se multiplient à Luanda, devenue une des villes les plus chères du monde, les deux tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Les infrastructures sociales sont inexistantes et la majorité des Angolais qui vit désormais dans les bidonvilles n’a ni eau ni électricité.
Les rumeurs de détournement, qui selon Human rights watch se seraient élevés à 4,2 milliards de dollars entre 1997 et 2002, alimentent le mécontentement des laissés-pour-compte du miracle pétrolier. Conscient de cette faiblesse, le président Dos Santos a multiplié durant la campagne inaugurations d’écoles et promesses d’hôpitaux. Il n’est pas certain que cela suffise pour faire gagner au MPLA les deux tiers des sièges dont il a besoin pour mener à bien son projet de réforme de la Constitution.
Camille BAUER dans l'Humanité du 5 septembre 2008
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